Une aïeule libertine, Claudine Houriet



Cette femme disparue devenait un être de chair et de sang. La passion qui l’avait enflammée était proche de celle qui m’avait dévastée. De plus en plus, Cécile était un double ayant vécu, il y a soixante ans, un drame identique. Un contexte différent, mais une vie brisée comme la mienne. Le travail m’avait sauvée du désespoir. Je devinais chez ma parente une tragédie plus lourde. La douleur n’est-elle pas intense à toutes les époques ? Les poètes depuis toujours n’offrent-ils pas leur vers torturés à cet embrasement qui mène au paradis puis, brutalement, au néant ? [p. 128]

En visitant une vieille demeure familiale réaménagée en immeuble d’appartements, une jeune femme se redécouvre une aïeule à la vie fascinante et mystérieuse. Avec l’aide d’un lointain et vieil oncle, elle reconstituera son histoire, anecdote après anecdote, en se découvrant peu à peu fort proche de cette femme du passé. Cela la poussera à écrire ce roman, celui que le lecteur tient entre ses mains (sans pour autant que la narratrice ne soit l’auteure, il ne s’agit en rien d’une autofiction). L’originalité de Claudine Houriet dans ce genre du roman familial est d’entremêler à la voix de la narratrice celle de l’aïeule qui se rappelle non seulement ses souvenirs, mais est également tirée de son apaisement post-mortem et râle sur sa descendante indélicate. Cela pose la question du droit à fouiller ainsi dans le passé d’autrui, tout en mettant en évidence le caractère « libertin » et parfois difficile à vivre de Cécile.

Au-delà des caractères très différents des deux narratrices, le parallèle entre ces femmes est très finement établi : avec une progression parfaite, ni trop rapide ou apparente, ni trop lente et tardive, ainsi qu’avec beaucoup de sensibilité. J’ai beaucoup apprécié les personnages qui se sont dévoilés au fil du récit, chacune à sa façon, avec la même fragilité plus ou moins cachée. Ce fut donc une très belle et agréable découverte que je conseille sans hésitation aux amateurs de romans familiaux.

[Claudine Houriet, Une aïeule libertine, Avin, éd. Luce Wilquin, 2011]

* A la découverte des éditions Luce Wilquin *
* Littérature francophone d'ailleurs : Suisse *

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1 commentaire:

  1. belle découverte et toujours chez cette excellente éditrice, je note pour ta récap que je prépare ce soir

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