Un mois de lectures "à l'étranger"

J'avais évoqué le projet lors de mon retour sur le blog : cet été, je voyage par la littérature et m'évade de mes horizons francophones habituels. Cela ne se ressent pas tout à fait ici, où mes penchants naturels ont eu le dessus, mais a néanmoins marqué mes premières lectures estivales. Sur les onze faites jusqu'à aujourd'hui, sept sont des traduction, majoritairement de l'anglais. En voici la liste, qui me donne l'occasion de dire de quelques mots de ceux dont je n'ai pas parlé dans un article indépendant.

J'ai débuté avec L'empailleur de rêves de Nikom Rayawa (traduit du thaï par Marcel Barang), qui m'a fait voyager à dos d'éléphant dans l'ancien Siam et m'a fait découvrir divers métiers qui me sont peu familiers (la taxinomie, la sculpture sur bois et le transport de bois par les éléphants). J'ai ensuite inauguré le libellé "littérature de langue espagnole" avec les Naufrages narrés par Francisco Coloane (et traduits par François Gaudry), un auteur chilien que j'aimerais lire dans un texte plus personnel, où sa plume se déploierait davantage que dans quelques commentaires sur les histoires d'un autre. J'ai également découvert l'écriture de Simon Van Booy dans son premier roman traduit en français (par Micha Venaille), L'amour commence en hiver : je n'ai pas toujours réussi à me laisser porter, mais ai souvent été charmée par le poésie de ses mots. Avec Helene Hanff (traduite par Marie-Anne de Kisch), j'ai continué à traverser l'Atlantique à plusieurs reprises, au gré des lettres envoyées à la librairie-bouquinerie du 84, Charing Cross Road en Angleterre : j'ai aisément perçu grâce à cette correspondance les différences de mentalité entre l'Angleterre et les Etats-Unis, mais ai avant tout savouré une plume piquante et insolente qu'il me tarde de retrouver dans une autre production littéraire. 

J'ai en revanche beaucoup moins apprécié le voyage de Stephen Vizinczey (traduit de l'anglais par Marie-Claude Peugeot) qui m'a mené de la Hongrie aux USA, tout au long d'un Eloge des femmes mûres, qui n'en a que le nom. Ces souvenirs amoureux manquent en effet de réflexion et d'arguments pour constituer véritablement un éloge, et non une simple succession d'amours avec des femmes plus expérimentées. Le sujet m'intéressait, mais m'a justement paru traité de façon peu neuve (pas même insolente) et à la limite de l'ennui. J'ai beaucoup de mal à comprendre ce que tant de critiques et de lecteurs ont pu trouver de si original et extraordinaire à ce roman, qui, s'il fut scandaleux lors de sa parution, a bien mal vieilli et a vu son odeur de soufre s'évanouir avec la poussière du temps qui le recouvre (d'autres classiques y ont bien mieux résisté et sont beaucoup plus dignes d'intérêt selon moi). 

Une fois parvenue aux USA, j'ai fini par y rester et par être incommodée par le puritanisme ambiant dans Les lettres du mercredi de Jason F. Wright (traduit par Jocelyne Barsse) : le récit est parsemé de références religieuses moralisatrices et "dégouline de bons sentiments", selon mon expression habituelle. Tout y finit trop bien, trop facilement, et les personnages sont bien trop optimistes pour ne pas m'agacer. Néanmoins, si je parviens à faire abstraction de l'aspect parabolique de ce récit, j'ai apprécié la façon dont l'auteur a construit son roman familial grâce à plusieurs lettres hebdomadaires écrites par un homme à sa femme, pendant toute leur vie. Cela participe aussi bien à la mise en place de l'intrigue qu'à celle de l'émotion, très présente dans ce roman.

Après cette overdose américaine, j'ai préféré traverser encore une fois l'océan, depuis la Jamaïque jusqu'à l'Angleterre avec les personnages d'Andrea Levy, dont Hortense et Queenie (traduit de l'anglais par Frédéric Faure). La première est une jamaïcaine tout juste arrivée sur le sol de "l'Empire", où elle rejoint son nouvel époux, après la seconde guerre mondiale. Tous deux logent chez Queenie, une anglaise dont le mari a été porté disparu et qui a été contrainte de louer des chambres dans sa maison pour assurer sa subsistance. Le passé de ces quatre personnages est narré au lecteur sous formes de flash-backs successifs, qui montrent leurs failles et les raisons de leur orgueil, ainsi que de leur comportement en 1948. L'incompréhension règne, tant du côté des jamaïcains, qui ne comprennent pas pourquoi leur "Mère patrie" ne les accueille pas comme ses enfants après qu'ils soient venus à son secours pendant la guerre, que de celui des anglais, méfiants envers ces hommes "de couleur" qui envahissent de plus en plus leur territoire. Il n'existe pas de ségrégation telle que celle en vigueur aux USA, mais le racisme n'en fait pas moins son œuvre, comme ce roman le montre fort bien, en se focalisant sur plusieurs points de vue internes successifs. Si ce sujet vous intéresse, c'est un roman que je recommande sans hésitation : il se lit rapidement et avec plaisir.

Enfin, comme le montre l'image en marge du blog, je suis actuellement en Italie, ou plus exactement au sommet du Purgatoire, avant de commencer ma lecture du Paradis de la Divine Comédie de Dante. J'ai lu les premiers chants de l'Enfer et du Purgatoire en italien, avant de revenir à la traduction de Jacqueline Risset pour être sure de comprendre les passages les plus complexes. L'ouvrage pour lequel j'interromps mon ascension dantesque est Rebecca de Daphné du Maurier (traduit de l'anglais par Denise van Moppès), que j'avais très envie de découvrir (tout comme Magic' avec qui je partage cette lecture) depuis quelques années, non suite aux nombreux articles de blog à son sujet, mais grâce à l'adaptation musicale qui en a été faite par Michael Kunze et Sylvester Levay (en allemand ; ce spectacle a également été adapté en anglais et en hongrois).

5 commentaires:

  1. J'avais adoré L'amour commence en hiver (et 84, Charing Cross Road) Rebecca a atterri dans ma PAL depuis peu, depuis le temps que j'en entends parler ! J'espère que tu feras un billet !! ;-)

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    1. J'ai relu ton article, je me souviens que c'est toi qui avais attiré mon attention sur ce titre (L'amour commence en hiver) : je n'ai pas réussi à me laisser emporter aussi bien que toi. J'hésitais justement à faire un article sur Rebecca que je viens de finir, je le ferai pour toi. ;) Je serai moins enthousiaste que la plupart à mon avis, j'avais trop imaginé avant de le lire.

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  2. Pas intéressée par le premier Van Booy mais peut-être que je me laisserai tenter par le second si la biblio l'achète (en VF malheureusement mais bon, si ça se trouve c'est bien traduit).

    Je vais peut-être finir par noter "Hortense et Queenie" dont j'entends parler de temps à autres et toujours par des personnes qui ne lisent pas tout et n'importe quoi (donc j'imagine que le bouquin vaut au moins un coup d’œil).

    (je viens de regarder dans le catalogue de la biblio et je suis morte de rire ! La notice inclut toujours une rubrique "Vous aimerez sans doute" (rubrique que j'évite comme tu t'en doutes suite à mes propos sur ton autre blog ;) et parmi les livres listés sur la fiche de "Hortense et Queenie" figure "Rebecca" :D En fait, ces suggestions sont souvent, d'après ce que j'ai remarqué, basée sur la nationalité de l'auteur et/ou le lieu de l'action donc le lien entre les livres n'est pas très pertinent).

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    1. Je me réponds à moi-même... Je viens de voir que tu avais précisé que le premier Van Booy avait été traduit par Micha Venaille. Espérons qu'il en soit ainsi pour son second (quoique... ce n'est pas le même éditeur qui le publie il me semble).

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    2. Quel serait le prochain Van Booy traduit ? L'amour commence en hiver est le premier traduit en français, mais pas le premier écrit par l'auteur. Je n'ai pas vu d'info pendant ma (très brève) recherche.

      Haha :D Je n'aurais personnellement pas rapproché Hortense et Queenie de Rebecca, à part pour les prénoms du titre et la langue de l'auteure... Je ne sais pas dire s'il te plairait, mais ça m'intéresserait de le savoir. ;) Il m'a agréablement surprise par le sujet abordé ; pour le reste, ça se lit vite et agréablement, malgré des narrateurs parfois agaçants.
      Pour le "vous aimerez sans doute", j'ai abandonné encore plus vite que je ne le pensais comme tu as pu le voir sur mes derniers articles : je manquais d'inspiration et ne renouvellerai sans doute pas l'expérience (à part pour les romans libertins où je le faisais déjà pour tenter d’appâter quelques lecteurs vers ces textes, sans succès)

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