Petits bavardages sans importance, Elizabeth Bowen



Dès que j’ai vu le titre de ce recueil de nouvelles d’Elizabeth Bowen, rassemblées par les éditions Complexe, j’ai eu envie de le découvrir, en m’attendant à quelque chose de léger, de badin et d’amusant (dans le même esprit qu’un certain 18e siècle français en quelque sorte). Si le dernier élément est bien présent pour ceux qui goûtent l’humour anglais, les deux premiers m’ont en revanche manqué : le ton des dialogues échangés est généralement sérieux, assez lisse et convenu. Sous ces apparences, transparaissent néanmoins des sentiments beaucoup moins acceptables, tels que la jalousie, la cruauté ou la haine. Chaque personnage agit de façon insidieuse, lance petites piques et coups bas, sans jamais enfreindre la bienséance langagière. Ann Lee, le personnage principal de la nouvelle éponyme, y réussit particulièrement bien et conserve tout son mystère aux yeux des deux clientes curieuses. D’autres jeunes femmes jouent quant à elles de leur fausse innocence ou amitié, parfois de façon (inconsciente pour la plupart) à dénoncer les travers de cette société si bien-pensante et si « mal-agissante ». Les hommes semblent souvent effrayés par la clairvoyance de ces femmes ou en sont les dupes, englués dans les conventions mondaines.

D’après cette présentation, tous les éléments étaient donc présents pour que j’apprécie ces textes, mais l’ensemble n’a pas vraiment pris, et je reste encore indécise sur mon opinion au sujet de ces nouvelles. J’y ai admiré la maîtrise de la narration d’Elizabeth Bowen, de même que la subtilité de ses observations psychologiques, et ai malheureusement buté sur l’insignifiance des faits : les dialogues semblent creux et les évènements n’être que des anecdotes sans importance, ni intérêt. Le recueil porte donc parfaitement bien son titre et annonce très honnêtement la forme comme le contenu des nouvelles ; j’aurais peut-être dû m’en méfier.

[Elizabeth Bowen, Petits bavardages sans importance, trad. par Françoise Brodsky, Paris, Le Livre de poche, 2013 / Textes écrits entre 1923 et 1944 ; 1re publication française de ce recueil : 1992]

4 commentaires:

  1. Rien que la couverture et le titre me donne envie de le lire, même si ton avis est mitigé ;)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne compte pas décourager qui que ce soit ;) Les nouvelles sont de qualité, même si je m'y suis personnellement ennuyée et reste sceptique. J'espère qu'elles te séduiront plus que moi !

      Supprimer
  2. Je passe donc, d'autant plus que la seule nouvelle de Bowen que j'ai eu l'occasion de lire à ce jour m'avait laissée perplexe.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je me doutais que tu passerais et ne comptais pas te convaincre avec mes sentiments si confus. Avec du recul, je remarque surtout que j'ai vite oublié ces nouvelles.

      Supprimer