Le classique du mois - Les soeurs à l'envers et autres textes inédits de Pierre Louÿs

Bien qu’il soit aujourd’hui bien connu en tant que pornographe, Pierre Louÿs ne l’était guère de son vivant et avait gardé secrète son abondante production érotique. Ses héritiers ne l’ont heureusement pas détruite à sa mort, mais les bibliophiles se sont servis et n’ont pas toujours été très partageurs. Jean-Paul Goujon a néanmoins réussi à en réunir et éditer une grande partie. Dans ce recueil, c’est Alexandre Dupouy qui s’est attelé à cette tâche et propose six textes inédits (et un septième déjà publié par le précédent éditeur), illustrés de photographies pornographiques de la Belle Epoque (dont une partie avait déjà été utilisée dans La Comtesse de Lesbos d’E. D.) et de reproductions en noir et blanc de manuscrits de Pierre Louÿs. C’est donc un très beau livre que m’ont envoyé les éditions La Musardine grâce à l’opération Masse critique de Babelio.

Le classique de juin 2013
Les sœurs à l’envers 
et autres textes inédits
Pierre Louÿs

Le recueil s’ouvre avec une courte nouvelle, Les Sœurs à l’envers (titre attribué par l’éditeur), dans laquelle un homme se rend dans un bordel spécialisé dans la sodomie. Les dialogues occupent une grande part du récit et lui confèrent une atmosphère théâtrale. Cette tendance apparaît plus clairement encore dans Vivienne et Made, Le sentiment de la famille, Service de nuit et Fifi et Monsieur Luc, écrits sous forme de petites pièces de théâtre. Comme l’annoncent certains titres, l’homosexualité féminine est représentée dans plusieurs textes, à l’instar de la pédophilie, de l’inceste et de la prostitution. La passion teintée de tendresse succède à la violence et est au rendez-vous au début de Elle savait des raffinements. Chacun de ces textes inédits, parfois incomplets, sont rédigés dans un style vif et gaillard, tout à fait adapté à cette franche pornographie.

Le dernier texte, La Méthode de vulve, le seul à ne pas être un inédit, se présente quant à lui sous une forme différente : il s’agit d’un programme d’éducation érotique féminine. Sont aussi bien abordées l’anatomie que les moyens d’en tirer du plaisir. Ce petit manuel a d’abord été rédigé sous forme de table des matières dans un cahier, avant d’être complété au fur et à mesure de l’inspiration de l’auteur, qui ne l’a pas achevé. Sa présence dans le recueil est justifiée par Alexandre Dupouy dans la postface : il en possédait le manuscrit original et souhaitait illustrer la façon d’écrire de Pierre Louÿs.

En conclusion, ce recueil est très intéressant, aussi bien pour les connaisseurs que les novices souhaitant aborder l’œuvre de cet auteur. Les textes sont plaisants, bien que vite oubliés en ce qui me concerne.


[Pierre Louÿs, Les sœurs à l’envers et autres textes inédits, Paris, La Musardine, 2013]

4 commentaires:

  1. Je n'ai pas lu ces textes mais Le manuel de civilité, Trois filles de leur mère, Aphrodite, tu les as lus ? J'aimerais d'ailleurs relire Aphrodite que j'avais beaucoup aimé lors de ma première lecture. On a décidément des points communs même si tous ces livres je les ai lus il y a très longtemps et que tu les découvres aujourd'hui. Il faudrait qu'on se fasse une LC un jour, tu serais partante ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai lu Le manuel de civilité seulement, qui m'a moins convaincue que je ne l'espérais (j'aurais voulu connaître les manuels de l'époque pour goûter encore davantage le piquant des textes de Pierre Louÿs) ; Aphrodite est dans ma PAL, et je serais ravie de le découvrir en LC avec toi (ainsi que d'autres textes que tu aimerais (re)lire d'ailleurs). C'est vrai que ces derniers temps, je rejoins souvent tes lectures passées.

      Supprimer
  2. Je n'ai lu de lui que Le manuel de civilité. Je note celui-ci.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'espère qu'il te plaira, même si les textes ne sont pas complets.

      Supprimer