Embrasez-moi, Eric Holder



Le lecteur idéal de ces lignes n’a pas vingt ans. Il connaît peut-être déjà le rayon où cohabitent ces volumes [érotiques], à moins que ce ne soit le premier d’une série. Le voilà parti pour un voyage dans le delta et ses nombreuses ramifications. Les livres entraînent les livres. Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère… [p. 9]

Si je connais en effet le « second rayon » où cohabitent le marquis de Sade, le Portier des Chartreux, Fanny Hill, Apollinaire, Henry Miller, ainsi que de nombreux autres, et porte toute ma reconnaissance à Jean-Jacques Pauvert, je ne corresponds malheureusement pas aux critères du lecteur idéal de ces nouvelles : je suis une lectrice et n’ai plus vingt ans. Voilà donc pourquoi il faut toujours lire les préfaces des écrivains et les écouter religieusement. Plus sérieusement, cette boutade ne me sert qu’à retarder l’annonce de ma déception et à ironiser sur ma difficulté à adhérer à l’univers de l’auteur. La raison principale tient à ma perception de son imaginaire : il m’a semblé très masculin, dans les fantasmes déployés comme dans le mode de narration (des confidences viriles, d’homme à homme). De plus, les récits m’ont semblé sans réelle surprise, assez banals, excepté dans leurs chutes pour Sainte-Blandine par exemple : bien que l’auteur semblait chercher à brouiller les pistes, tout se déroulait de façon très classique dans ce petit village de montagne, jusqu’au dénouement qui a tout de même réussi à m’arracher un sourire. J’ai été davantage convaincue par Farid et les Viennois, qui se différencie des textes précédents par l’intervention de la violence apportant une plus grande intensité au récit.

Si je suis restée indifférente, voire ennuyée, par l’aspect érotique assez répétitif des nouvelles d’Éric Holder (les mêmes scènes, les mêmes mots crus ou presque), je dois en revanche lui reconnaître un certain talent dans l’écriture des ambiances et des lieux où il déploie ses personnages : chaque texte proposait un univers différent et bien construit, aisément imaginable par le lecteur. Cela ne suffit pas à soutenir les intrigues d’après moi, mais la base y était.

[Éric Holder, Embrasez-moi, Paris, J’ai lu, 2013]

Note à l'éditeur : pourquoi présenter ce « recueil de nouvelles » (neuvième ligne de la quatrième de couverture) comme un « roman » sur la page de titre (p. 5) ? Un oubli avant l’impression, à l’image des deux coquilles que j’ai repérées dans le texte ?

9 commentaires:

  1. Je te rejoins tout à fait par rapport à cette lecture. J'avais été attirée par la couverture originale avec les pommes d'amour et par le résumé mais je n'ai même pas réussi à le terminer... Pour moi, un livre érotique doit procurer des sensations sinon, quel est l'intérêt? Ici, rien de rien. Une vraie déception pour moi aussi

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    1. Ca me rassure de savoir que je ne suis pas la seule à y être restée insensible... Marie m'a dit aussi ne pas avoir apprécié la première nouvelle et avoir arrêté là. Et toi, jusqu'à laquelle as-tu lu ? J'ai gardé l'espoir de trouver une meilleure nouvelle en continuant, mais non, toujours rien.

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    2. Je ne me souviens plus exactement mais je pense ne pas avoir dépassé la deuxième nouvelle...

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  2. Déjà ce n'est pas le genre de lectures dont j'ai envie actuellement mais ton avis m'incitera pas à commencer par celui-ci :)
    Bonne journée Minou :D bisous

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    1. J'ai vu que George l'avait apprécié, c'est peut-être une question de goût. ;) D'après ce que tu m'as dit sur la littérature érotique, je ne te le conseillerais pas, c'est certain.
      Bonne journée, bisous.

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  3. bon, je m'abstiens sur ce coup-là (c'est le cas de le dire...). Bisous.

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    1. Tu ne perds vraiment rien selon moi... Bisous.

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  4. Tu ne me donnes pas franchement envie de lire la suite... :-)

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    1. Une ou deux nouvelles m'ont semblé au-dessus de la première, mais vraiment rien d'extraordinaire... Ce n'est donc pas moi qui t'encouragerai à terminer ce recueil.

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