De l'érotisme, Robert Desnos



D’un point de vue purement formel, ce court essai de Robert Desnos se présente comme une suite de commentaires sur des œuvres littéraires érotiques occidentales, de l’Antiquité au XXe siècle. Ces notes sont précédées d’une série de définitions afin de délimiter le sujet étudié, sans chercher à « déclamer d’abord contre lui au nom de la morale » (p. 54), comme le font habituellement ceux qui écrivent sur l’érotisme. Toutes les œuvres choisies sont classées en un avant et un après Sade, figure majeure de la modernité, la plus grande dans le domaine de l’érotisme si l’on en croit Desnos. J’ai personnellement eu l’impression qu’en instituant ainsi un idéal, il rabaissait trop injustement d’autres œuvres sans prendre en compte leur intérêt propre. J’ai été la lectrice distraite décrite par Annie Le Brun (ou plus précisément, une lectrice qui attendait autre chose de cet essai : un peu plus de scientificité et un point de vue moins particulier) : « il pourrait donner l’impression à un observateur distrait de naviguer à vue. Car, s’il n’omet nullement de mentionner les noms connus en ce domaine, c’est souvent pour s’y arrêter à peine ou juste en souligner le peu d’intérêt » (p. 22). Cet extrait provient d’un article d’Annie Le Brun, Voici venir l’amour du fin fond des ténèbres, situé avant celui de Desnos dans cette nouvelle édition de Gallimard. Elle y propose une interprétation, centrée sur l’amour, de l’essai De l’érotisme, ainsi que de l’œuvre de Desnos en général. Ne connaissant pas du tout cette dernière et n’ayant pas encore lu l’essai qui suivait, je me suis personnellement rapidement perdue parmi toutes les références et citations utilisées. Je ne doute pas de l’intérêt de cet article, mais davantage de celui de son usage en tant que préface pour un lecteur non averti ; une fois encore, j’aurais mieux fait de le lire en tant que postface. 

En conclusion, la lecture de ce livre mal agencé selon moi (d’un point de vue éditorial) fut une rencontre manquée et me laisse un désagréable sentiment d’incompréhension.  

[Robert Desnos, De l’érotisme considéré dans ses manifestations écrites et du point de vue de l’esprit moderne, précédé de Voici venir l’amour du fin fond des ténèbres par Annie Le Brun, Paris, Gallimard, coll. L’imaginaire, 2013.]

Note : l'article de Jacques-Pierre Amette publié sur La République des livres situe davantage l’œuvre dans son contexte et l'éclaire ainsi de façon intéressante et claire.

4 commentaires:

  1. Je n'ai rien lu de lui. Je ne débuterai pas par ce livre-là, c'est sûr ! Bonne soirée.

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    1. Je suis sure qu'il a écrit d'autres choses bien plus intéressantes que ce texte-ci. Le sujet m'intéressait énormément, mais j'aurais dû me renseigner sur l'auteur : j'ai du mal avec les surréalistes en général.
      Bonne soirée.

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  2. L'auteur du livre que je suis en train de lire, Sexe et littérature aujourd'hui, accorde visiblement aussi une place à part à Sade. Selon lui, les auteurs contemporains ont beau joué la surenchère en matière de provocation afin de choquer, et donc de vendre, Sade a déjà été aussi loin qu'il est possible en la matière, si bien que c'est peine perdu et que les tentatives de provocation ne réussissent pas à masquer la piète qualité des romans contemporains.
    Je trouve que c'est un point de vue qui se défend.
    Pas sûre d'être tentée par le Desnos en tout cas, merci de m'en éviter la lecture!

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    1. J'aurais tendance à être d'accord avec cet auteur personnellement. Tu parleras de ce livre sur ton blog ? Ca m'intéresserait beaucoup.
      De rien pour le Desnos : j'ai justement rédigé cet avis en pensant à toi. ;) Ce n'est clairement pas l'ouvrage le plus passionnant, ni le plus intéressant qui puisse se lire sur le sujet.

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