Nous étions des êtres vivants, Nathalie Kuperman



« Une tentative pour rester en vie… » C’est ainsi que Nathalie Kuperman a présenté son roman dans la dédicace laissée dans mon exemplaire. Cette « vie » peut aussi bien être comprise au sens premier (une tentative pour ne pas mourir et pour survivre) que de plusieurs façons plus précises et métaphoriques pour ces employés d’un journal destinés aux enfants racheté par un homme d’affaires peu scrupuleux. Il peut s’agir pour la plus grande partie d’entre eux de garder une vie professionnelle et leur place dans l’entreprise. Ceux qui y parviennent sont quant à eux confrontés à leur conscience et se débattent pour rester eux-mêmes. Tous cherchent à rester des êtres humains, à ne pas se laisser broyer par ce nouveau dirigeant qui les traite comme de la marchandise ; tous cherchent à rester des êtres vivants et à ne pas devenir des machines, exécutant un travail mécanique avant d’être renvoyé. Cette volonté est relayée dans le roman par la voix du « chœur », de plus en plus ébranlé et cédant petit à petit. Cet ensemble est habilement morcelé par Nathalie Kuperman qui met en évidence d’autres voix narratives singulières, se débattant elles aussi face à cette situation de crise dans l’entreprise. Chacun de ces personnages aura un destin et une réaction différents. Il y a des promotions et des licenciements ; des avilissements, des petites vengeances sournoises et des sursauts de conscience. Cette alternance narrative m’a beaucoup plu et m’a semblé tout à fait appropriée pour rendre compte de cet évènement qui touche à la fois une collectivité, un chœur, et des individus :  
(…) en ce moment, c’est partout pareil… Et pourtant, non, ce n’est pas partout pareil. C’est partout singulier, c’est partout une seule personne à la fois qui soudain perd pied, hallucine, voudrait que ce soit un rêve, mais, par pitié, pas elle, oh non, pas elle. Partout c’est elle, qui espérait une récompense parce qu’elle s’était tenue bien sage, avait fait tout ce qu’elle pouvait, avait mis des bouchées doubles comme on le lui avait demandé (ah, les bouchées doubles !), toléré les humiliations et accepté d’humilier à son tour pour sauver une place qu’elle a de toute façon perdue. [p. 228.]  
En conclusion, un roman qui, s’il ne m’a pas semblé se démarquer par son sujet ou son style et ne me laissera sans doute pas une impression durable, n’en est pas moins très bien mené.


[Nathalie Kuperman, Nous étions des êtres vivants, Paris, Gallimard, coll. Folio, 2011.]

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