Je vais passer pour un vieux con et autres petites phrases qui en disent long, Philippe Delerm



Bien que La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules soit dans ma PAL, j’ai préféré commencer ma découverte de l’œuvre de Philippe Delerm avec son petit dernier : l’idée de commenter nos petites habitudes langagières m’amusait. Malheureusement, j’ai très vite déchanté : dès la table des expressions, pour être précise. Parmi les 42 petites phrases annoncées, je n’en connaissais (c’est-à-dire que je les avais déjà entendues au moins deux-trois fois) que 12 et n’en utilises parfois que 4. Parmi ces dernières, un autre problème s’est présenté lors de ma lecture : je ne les emploie pas dans la même situation que l’auteur. Bref, tout espoir d’identification quelconque a été anéanti dès les premières minutes, ce qui est tout de même dérangeant pour un livre censé révéler « [l]a vérité de nos vies, en somme » (dixit la quatrième de couverture).

Au-delà de ce premier aspect, j’estime que le contrat annoncé par le sous-titre n’est guère plus respecté que le précédent – commercial, certes, mais présent malgré tout. Ces petites phrases « en disent long » : encore une fois, je n’ai pas la même notion de « longueur » que Philippe Delerm, car deux – parfois trois – pages plus ou moins bien remplies, ce n’est pas long pour moi. De plus, quand on ôte les passages présentant la situation d’énonciation (ou expliquant l’expression : étrange, tout de même, d’avoir à le faire dans le cas de phrases relevant « [d’]instants vécus par tous », toujours selon l’éditeur), ceux explicitant la connotation sont encore réduits à quelques lignes guère très longues. Même en acceptant de jouer le jeu et en prenant l’expression « en dire long » dans un sens moins pragmatique, je ne suis pas convaincue par ce que tire Delerm de ces petites phrases : quand cela ne relève pas de la psychologie de comptoir ou de préjugés aigris, cela m’a semblé tiré par les cheveux et poussé un peu loin pour si peu. À titre d’exemple, « Attention, l’assiette est très chaude ! » ne signifie rien de plus que ce qu’elle annonce d’après moi et n’est pas la marque d’un ego en manque de reconnaissance. De même, je suis personnellement tout à fait sincère quand j’estime qu’un programme télévisé culturel « passe trop tard » : c’est la raison pour laquelle je l’enregistre, sans regarder le programme précédent que je décrierais ; je suis sans doute du genre à « aimer l’accordéon » pour reprendre la typologie de l’auteur.

En conclusion, lorsque je revois le titre de cet ouvrage, je n’ai pas « une petite réticence aux commissures des lèvres » tant espérée et signifiant « Toi, passer pour un vieux con ! ? [sic] ».


[Philippe Delerm, Je vais passer pour un vieux con et autres petites phrases qui en disent long, Paris, Seuil, 2012.]


22 commentaires:

  1. Après le billet de Flo, le tien. Il va falloir que je le lise, histoire de voir!

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  2. J'avais aimé son premier, c'était nouveau. Je n'ai pas envie de lire celui-ci.
    Par contre je viens de lire "Parfums" de Claudel, et j'ai beaucoup aimé.

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    1. J'ai un peu moins envie de lire son premier maintenant... J'avais été tentée par Parfums, puis moins : je tenterai peut-être un de ces jours pour conjurer ma malchance avec cet auteur-ci.

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  3. Oulala cet ouvrage me semble complexe non?! J'avais beaucoup aimé "la première gorgée de bière", sans m'être identifiée dans chacune des expérience présentée pour autant. C'était agréable à lire, voilà tout. Beau dimanche à toi :)

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    1. Non, ce n'est pas complexe du tout ! Pas assez, d'après moi, d'ailleurs... Peut-être que ce petit livre-ci te semblera agréable à lire aussi. ;) Personnellement, je me suis plutôt ennuyée, parfois énervée et l'ai trouvé trop inconsistant : des idées préconçues, je n'ai pas besoin de les lire pour les connaître et les penser par moi-même.
      Beau dimanche à toi aussi, j'espère que tu vas bien :)

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  4. Me demande si " la première gorgée... " va sortir dignement de ta pal pour être lu ...
    ( Delerm, j'ai joué une fois, il y a longtemps certes, je ne joue plus. Pas joueuse, finalement ^^ )

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    1. Je serai joueuse parce que le livre est dans ma PAL, mais je ne l'aurais sans doute pas fait sans ça. ;) Il en sortira donc ; dignement, c'est autre chose, surtout que j'envisage de le lire pendant ma période d'examens (il me faut quelque chose à picorer, pas difficile à suivre), donc pas la meilleure... Avec lequel avais-tu joué ?

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  5. :-) Dommage que tu aies attaqué Delerm par cette face là...
    Delerm on adore ou on déteste je crois. Delerm peut souvent être un auteur très local aussi, je ne suis pas sûre que tous ces livres soient internationaux, le référentiel commun manque parfois. Je dis cela car mon mari (québécois) me l'a fait remarquer, je ne me l'étais pas demandé.
    Delerm a aussi des ratés, des essoufflés...peut-être que celui-ci en fait partie il va falloir que je m'en rende compte par moi-même...
    Essaye ses romans comme "Mister Mouse" ou "Sundborn", ou encore "Autumn"...C'est plus "écrit"...

    Je souligne donc celui-ci qui est déjà sur ma liste...moi qui adore Delerm (mais je ne suis pas objective du tout, nous sommes du même département et du coup nous avons vraiment un référentiel commun) ;-)

    On s'en reparle quand j'aurai résorbé mon abyssin retard dans la rédaction de mes billets...

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    1. Je savais que tu appréciais beaucoup cet auteur, d'où mon avertissement sur la teneur de mon billet avec le lien. :s
      Merci pour tes conseils : ce ne sera certainement pas pour tout de suite, mais je retiendrai au moins "Autumn" (pour son joli titre) et serai attentive au rayon des D chez le bouquiniste.
      Pour le référentiel commun, je pense pouvoir te le confirmer : je me suis plusieurs fois sentie très éloignée de Delerm tant "générationnellement" (certaines références me manquaient, par exemple, ou un état d'esprit parfois "c'était mieux avant" qui m'a dérangée puisque la jeunesse attaquée, c'était aussi moi) que géographiquement, voire de façon plus générale : je ne me retrouve pas dans sa mentalité et certaines de ses idées. Je verrai si j'ai la même sensation avec "La première gorgée..." : je l'avais commencé, mais très vite arrêté, parce que ne me sentant pas d'humeur à lire ces textes.

      Quoi qu'il en soit, j'attends ton avis avec curiosité et serais contente d'en rediscuter avec toi à cette occasion.

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  6. Bon l'avantage est que ce livre réponde à un challenge. Comment cela, ce n'est pas suffisant ? Bisous

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    1. Haha tu as raison ! Je dois au moins reconnaître qu'il a su faire court et entrer dans le défi 100 pages (pour des phrases qui en disent long, ce n'est pas glorieux, mais je n'aurais pas supporté plus long).
      Bisous.

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  7. Je pense qu'on entend pas la même chose sur ces "phrases qui en disent long"... Je pense qu'il ne s'agit pas de longueurs de texte mais je pense que le sous-entendu du titre était [sur nous].

    Mais je n'ai pas lu ce titre et, il aurait peut-être dû choisir moins de phrases...et développer un peu plus ?

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    1. J'avais tout à fait compris qu'il ne fallait pas prendre le terme au sens littéral, mais voulais montrer que je n'étais pas entrée dans le jeu de Delerm et que, peu importe comment je comprenais la phrase (en terme de nombre de pages ou d'une signification plus riche qu'il n'y paraît), je n'avais pas du tout la sensation d'en avoir appris long sur ces expressions : on reste au ras des pâquerettes et dans la psychologie de comptoir.

      J'aurais personnellement apprécié des développements plus longs, en effet, et surtout plus poussés : des évidences et des stéréotypes comme ceux-là, je m'en passe et les trouve très bien moi-même.

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    1. Il va falloir que je le découvre alors, ce fils. ;)

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  9. J'avoue je préfère le père hihihi

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    1. Tu préfères le Philippe au Vincent ? Ou il y en a un troisième que j'ai manqué ? ^^ Il faudrait qu'on se fasse une petite LC de La première gorgée... si tu ne le lis pas avant ça. :)

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  10. Je te rejoins à 100%. La quatrième frise la supercherie et le coup de l'assiette trop chaude... c'est vraiment du mauvais esprit (et/ou tiré par les cheveux). Pauvre serveur qui n'en demandait pas tant ;)
    Quant à ta conclusion, ma foi, il est difficile de ne pas se faire la réflexion.

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    1. Apparemment, certains ont eu ce petit sourire réticent et ont été plus indulgents que nous, donc il est apparemment possible de ne pas se faire cette réflexion. :/

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    2. Quitte à passer pour snob : cela dépend de ce que l'on attend de la littérature...

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    3. Il doit y avoir de ça, certainement. Manifestement, nous n'en attendons pas la même chose que ceux qui ont tant aimé.

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