Le dernier crâne de M. de Sade, Jacques Chessex



Le parfum de soufre qui se dégagera de ce dernier roman de Jacques Chessex est annoncé par la voix du marquis de Sade lui-même : la citation en exergue provient de son Voyage à Naples, où il a visité les célèbres soufrières napolitaines. Comme ce minéral, le dernier crâne de M. de Sade attire, mais brûle et ne peut être enfermé, car détruit toute prison dans laquelle on tenterait de le conserver.

Ce crâne annoncé dans le titre, on le trouve tout d’abord encore enveloppé par la chair de son propriétaire toujours vivant, devenu obèse et enfermé à l’asile de Charenton. Il n’a rien perdu de sa verve, ni de cet excès qui le pousse aux obscénités sexuelles de plus en plus fortes. Jacques Chessex n’épargne donc au lecteur ni les blasphèmes, ni les scènes masochistes, cruelles ou scatologiques, détaillées dans un style assez proche de celui du Marquis dans ses textes. De même, le premier chapitre à caractère moralisant (prévenir le lecteur contre le culte de cet auteur terrible, etc.) s’inscrit dans la lignée des préfaces des œuvres de Sade ou d’autres auteurs du même siècle.

Dans l’ensemble, ce récit de la fin de la vie de cet auteur scandaleux est assez fidèle et cite également un certain nombre d’évènements passés, comme le procès de Marseille et le scandale des bonbons cantharidés, mais certains éléments surnaturels interviennent déjà, notamment une lumière entourant le marquis. Celle-ci sera l’une des caractéristiques du crâne maléfique, dont le voyage commencera une fois dans le dernier tiers du livre. Comme je le disais plus haut, cette relique va fasciner et porter malheur à ses propriétaires, en les poussant à divers actes sauvages et dignes de la fureur du marquis de Sade.

Où est la vérité et où est la fiction dans ce récit ? Voici la réponse que donne le narrateur à cette question, à la page 135 :

D’ailleurs rêve, exactitude… Et l’issue ? La relique exerce à nouveau son pouvoir, sur moi cette fois, brouillant la frontière entre l’imaginaire et le réel, me faisant aller dans le monde parallèle des fantômes et en revenir sûr que je quitte des êtres vrais. Des scènes plausibles, qui ne sont autre que leur propre réalité dans le prisme de M. de Sade.

Et moi, qu’ai-je donc pensé de ce roman finalement ? Connaissant mieux le marquis de Sade et son œuvre que lors de ma première lecture, j’ai davantage compris les références, mais n’ai guère été plus passionnée que cela par cette histoire assez banale. C’est la raison pour laquelle je conseillerais cette lecture aux passionnés du Marquis plutôt qu’aux amateurs de malédiction et de récits palpitants.

[Jacques Chessex, Le dernier crâne de M. de Sade, Paris, Grasset, 2009.]


2 commentaires:

  1. Je ne vais pas noter... J'ai essayé de lire Justine et je n'y suis pas arriver. Quel a été ton premier ?

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    1. Je comprends que tu ne notes pas ;) Mon premier Sade, ça a été une des nouvelles des Crimes de l'amour : Ernestine. Ce sont des textes très épurés et cruels, mais sans scène érotique, au point que je me suis dit "Ce n'est que ça, Sade?" J'ai mieux compris la réputation sulfureuse de l'auteur en lisant par la suite La Philosophie dans le boudoir (que j'aime beaucoup) J'ai lu Justine plus tardivement (et compte enchaîner avec sa sœur Juliette) : ce n'est pas forcément l’œuvre que je conseillerais en première lecture...

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