Amazone, Maxence Fermine




D’abord la musique d’un piano. Une musique légère, rythmée et colorée d’accords de jazz, qui descendait le long de l’Amazone, caressait de ses arpèges la surface de l’eau, glissait d’arbre en arbre, de feuillage en feuillage et allait lentement mourir sur les berges du fleuve. Ensuite un fleuve immense et profond, charriant des mètres cubes d’eau, si rouge qu’il faisait penser à un torrent de lave se déversant au beau milieu de la plus verte et de la plus gigantesque forêt du monde.
Sur le fleuve, un radeau. […] Sur le radeau, un piano. De couleur blanche. […]
Et, devant le piano, assis sur un tabouret, un musicien.
Noir.
[p. 13]


Ainsi sont posés dès la première page les ingrédients du récit : la musique et l’irruption inattendue dans un village perdu dans la forêt amazonienne d’un musicien noir jouant d’un piano blanc sur un radeau. Maxence Fermine a donc pris le parti de jouer du mystère dans son roman, en ne révélant le passé des personnages que petit à petit, au fil des conversations, et en rendant ceux-ci étranges et énigmatiques. Le héros, lui-même très secret, rencontrera au fil de son voyage un colonel rendu fou par ses échecs successifs, un indien comparé à un ange et, bien sûr, une femme. Celle-ci sera le point de départ, bien qu’on ne l’apprendra que plus tard, de la quête d’Amazone.

Les fidèles de l’auteur reconnaîtront donc aisément les thèmes chers à celui-ci, déjà présents dans ses premiers romans, Neige et Le Violon noir. Il les décline ici sous la forme d’une légende, celle du piano blanc sur le fleuve. Cela donne à ce texte l’aspect d’un conte, avec toutes les descriptions très visuelles, les personnages caractérisés par quelques traits seulement, les actions très symboliques posées par ceux-ci, la lecture à double sens que cela autorise alors.
 
Romans sous influence : cet aspect légendaire se retrouve également dans le nom que se donne/donné au héros : Amazone Steinway. Amazone, car sa musique évoque l’écoulement du fleuve du même nom ; Steinway comme son piano. En lisant cette explication, je n’ai pu que penser au pianiste Novecento, qui donne lui aussi son nom au récit d’Alessandro Baricco. De plus, ces musiciens se trouvent tous deux sur un bateau, qui revêt une importance différente, mais aussi importante  pour chacun d’eux.


Malheureusement, malgré ce parallèle intertextuel et cette recette fétiche de l’auteur, la magie n’a pas opéré à nouveau pour moi : peut-être me suis lassée justement de ces mêmes ingrédients ressassés par Maxence Fermine sans véritable nouveauté. Seul le style m’a semblé moins poétique, plus oralisé (ce qui le rapproche encore une fois de la légende, répétée de génération en génération, et du monologue de Novecento).


[Maxence Fermine, Amazone, Paris, Le Livre de poche, 2004.]


***
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11 commentaires:

  1. Merci pour ta participation. Je participe à un club de lecture et nous devons justement lire un roman de Fermine : "Le labyrinthe du temps", donc j'ai lu avec un encore plus d'intérêt ton billet !

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    1. Je n'ai pas encore lu ce Fermine-là, j'attendrai le compte-rendu du club des lectrices et ton avis avec intérêt aussi. ;)

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  2. Je lirai d'abord Neige, ensuite je verrai ;-)

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  3. Fermine, depuis Neige, est un auteur que j'ai souligné sur mon carnet. Je ne poursuivrai pas sa découverte avec celui-ci.
    Bonne journée

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    1. C'est aussi un auteur que j'ai apprécié depuis Neige et Le violon noir (son très beau second roman). Peut-être qu'Amazone te plairait quand même et que tu ne ressentiras pas ma lassitude. ;)

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  4. J'ai calé sur "Le violon noir", du fait du style si je me souviens bien (et quand j'écris "calé", c'était vers la page 5...) et je n'ai jamais eu envie de récidiver avec cet auteur. Si je comprends bien, il ressert la même soupe un peu trop souvent ?

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    1. Ah oui, tu n'es jamais partie en fait ? Je ne te conseille pas de récidiver, puisque, oui, il ressert la même soupe à chaque livre (je ne les ai pas tous lus, mais suis quasi sure de ne pas me tromper en généralisant ainsi pourtant) : un art, une femme, toucher les cordes sensibles du lecteur et "développer" une pseudo-philosophie hédoniste. Et je m'y suis laissée avoir deux fois, oui : je suis une grande naïve romantique.

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    2. Je ne suis pas très patiente et, si le style ne passe pas, j'ai de moins en moins le désir d'espérer que l'histoire rattrapera le reste.
      Avec trois livres lus de l'auteur, il me semble que tu peux te permettre d'extrapoler sans trop te tromper.

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  5. Il faut absolument que je le lise, je n'ai encore jamais lu cet auteur, donc pas de risque de lassitude :) Toutefois j'ai "Neige" dans ma PAL, je commencerai donc avec ce dernier.

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    1. Ca me semble un bon choix pour découvrir cet auteur, j'ai beaucoup aimé Neige. :)

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