Projet non fiction - Minou a aimé...


Il y a un peu plus de deux mois, Flo a lancé sur son blog son Projet non fiction afin de donner à ce type de livres une plus grande visibilité sur les blogs et d’encourager à les commenter davantage. Pour cela, chacun des dix inscrits publie chaque mois au moins une chronique sur un ouvrage non-fictionnel. J’ai très vite été intéressée par l’idée : ce type de lectures apparaît de plus en plus sur mon blog, notamment grâce à mon challenge sur la Petite philosophie du voyage de Transboréal et mes projets de (re)lecture de collections comme La Lettre et la plume du Livre de poche ou les petits éloges de Folio, mais de façon assez inégale dans le temps. L’organisation de Flo me poussera donc à mettre en valeur ces articles et à être plus régulière. De plus, les articles des autres participants m'ont déjà donné de nombreuses idées et sont l'occasion de belles découvertes.


Dans le cadre de ce projet, Flo nous a invité à présenter une liste de nos dix livres non fictionnels préférés. Après quelques hésitations et furetages dans ma bibliothèque, voici celle que j’ai établie : 

Lettres à un jeune poète, Rainer Maria Rilke
C’est le premier texte auquel j’ai pensé tant il fut une des grandes révélations littéraires de ma jeunesse. Je n’ai malheureusement pas retrouvé ce sentiment lorsque je l’ai relu au début de cette année, mais je n’en garde pas moins un souvenir très fort. Il s’agit d’un recueil de dix lettres de Rainer Maria Rilke à Franz Kappus, jeune poète avide de conseils de son aîné. Y sont évoqués la poésie bien sûr, la souffrance de l’art, l’amour, l’amitié, la sexualité, l’enfance, la foi et bien d’autres thèmes universaux qui nous touchent tous, poètes ou non.  

A mon seul désir, Yannick Haenel
Un texte éblouissant dont j’ai bien du mal à parler comme le montre mon billet. L’auteur nous entraîne à la découverte des tapisseries de la Dame à la licorne au musée de Cluny. On peut se demander parfois si la fiction ne s’entremêle pas au témoignage, mais ce n’est pas là l’important : ce qui l’est, c’est l’analyse que fait Yannick Haenel de  cette œuvre et de l’art en général dans son lien avec le désir. 

Je l’évoquais justement plus haut, c’est une collection que j’aime beaucoup et qui ne m’a encore jamais déçue à l’heure où je publie ce billet. Les auteurs sont invités par l’éditeur de Transboréal à s’exprimer sur un sujet qui les passionne en développant une réflexion sur le voyage. Si je devais en choisir un deux parmi tous ceux que j’ai lus, ce seraient La poésie du rail de Baptiste Roux (qui a su parler à la navetteuse et petite-fille d’un passionné de trains que je suis) et Les sortilèges de l’opéra de Julie Boch (une merveilleuse balade d’une salle d’opéra à une autre)

Petit éloge du sensible, Elisabeth Barillé
Mon favori dans cette série de Folio. L’auteure y égrène, au fil des témoignages, des anecdotes et des réflexions, un véritable art d’écrire et, surtout, de vivre dont l’extrait en quatrième de couverture est tout à fait représentatif : 
« Je choisis ce qu'il y a en moi d'essentiel, d'infini et de non monnayable. Je choisis de cultiver l'esprit de finesse, les émotions délicates, les sensations patiemment tamisées, sachant que si la faim du corps, toute impérieuse soit-elle, a ses impasses, celle de l'esprit, elle, s'accorde à l'illimité, tout comme les nourritures dont il se rassasie : l'offrande ultime d'une rose de novembre, l'âcreté sensuelle d'un feu de cheminée, le nuancier d'un ciel normand, l'ivresse du baiser qu'on n'attendait plus. Je choisis l'ordre sensible contre la tyrannie sclérosante des ambitions. » 

Correspondance de Beaumarchais et d’Amélie Houret de La Morinaie
Comme vous pouvez le constater dans la suite de cette liste, j’aime beaucoup les correspondances, surtout amoureuses. Celle de Beaumarchais et de sa dernière amante m’a ravie par son style galant et piquant, typique du 18e siècle littéraire libertin et sentimental. 

Lettre à D., André Gorz
Encore une lettre d’amour, mais dans un ton tout à fait différent. La femme de l’auteur est gravement malade et il se suicidera l’année suivante, en même temps qu’elle. Même sans connaître cette anecdote, cette longue lettre, qui retrace toute l’histoire d’amour de ces deux amants avec ses extases et ses éloignements, est l’une des plus belles et émouvantes que j’aie jamais lues. 

Mémoires d’outre-tombe, Chateaubriand
Comme pour tout grand texte, on ne sort pas indemne d’une telle lecture (ne fut-ce que par le temps qu’on y passe, « grand » s’appliquant ici autant de façon qualitative que quantitative : quatre tomes de 700 à 800 pages chacun en Livre de poche). De plus, j’ai approfondi cette lecture par une étude de la représentation de la femme aimée/désirée. On peut donc dire que ce texte m’a accompagné pendant au moins six mois de façon assez intense. Au-delà de sa propre histoire (qu’il occulte bien plus qu’on ne le pense…), Chateaubriand dresse une fresque de son époque et des évènements politiques qui s’y sont déroulés. 

Beaucoup moins connus que les précédents, mais non moins passionnants, les Mémoires de Justine Guillery se déroulent à peu près à la même époque et abordent les évènements différemment, notamment dans la narration : ce récit est beaucoup plus personnel et intime, ne relatant l’Histoire que lorsqu’elle a une incidence sur son histoire à elle. C’est aussi un témoignage de la condition féminine de l’époque, un thème qui me tient particulièrement à cœur. 


Petits-maîtres et roués.  
Évolution de la notion de libertinage dans le roman français du XVIIIe siècle
Philippe Laroch
J’ai tendance à ne pas chroniquer sur mon blog les textes théoriques que je lis pour mes études, mais je m’efforcerai peut-être d’y remédier à partir de maintenant. Le libertinage est un sujet qui me passionne depuis ma lecture des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos : j’ai ensuite lu Crébillon fils, le Marquis de Sade, Mirabeau et compte en lire encore d’autres. Mes lectures théoriques sont tout aussi importantes pour moi, car elles me permettent de mieux appréhender les romans et de mieux comprendre tous les enjeux, tenants et aboutissants de cet art de vivre du 18e siècle (je suis assez « puriste » et considère ce qu’on appelle le « néo-libertinage » comme une vaste bêtise et une ignorance totale de ce qu’est vraiment le libertinage) J’ai choisi cet essai-ci parmi tous ceux que j’ai lus jusqu’à présent, car c’est une excellente introduction, très complète et détaillée.


"Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es."
D’autres participantes ont été plus ou moins étonnées de constater à quel point la non fiction en révèle sur nous, bien plus que nos lectures fictionnelles. Je partage ce sentiment, tout en étant un peu perplexe face à ma liste : j’ai l’impression d’avoir dressé un portrait très éclaté de moi-même… Quoi qu’il en soit, j’espère vous avoir donné envie de découvrir un ou quelques-uns de ces livres.

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Projet non fiction : quelques liens 

8 commentaires:

  1. Je me disais bien que le livre de Rainer Maria Rilke y serait... :)

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  2. Merci pour cette chouette liste !
    Evidemment, je ne connais pas grand chose. Du moins, je connais certains titres parce que je suis ton blog mais je n'ai rien lu hormis le Rilke qui figure également dans ma liste d'ailleurs.
    J'ai tenté le Chateaubriand après avoir lu "Le livre des illusions" de Paul Auster (cet auteur a un fort pouvoir persuasif sur moi !) mais j'en avais ma claque au bout de 5 pages (problème de style d'après mes souvenirs. Ca remonte un peu).

    Le livre de Y. Haenel a l'air intéressant mais bien sûr ma biblio a préféré acquérir tout le reste de son oeuvre ;p

    J'ai le Barillé dans ma PAL. Je l'avais commencé mais n'avais pas trop aimé le pseudo-dialogue et il est depuis en stand-by. Je sais que tu l'as beaucoup aimé (j'avais lu ton article à l'époque) et ça me donne envie de le retenter mais j'attends le moment propice.

    Tu "vends" très bien "Lettre à D." mais ça a l'air vraiment trop déprimant, même pour moi :S

    De toute façon, certains sujets nécessitent plus particulièrement d'être lus pile à un moment donné. Je me souviens du récit de Murakami, "Autoportrait de l'auteur en coureur de fond" (non fiction ;). Quand il est sorti, j'ai pensé : "la course à pied ? Quelle horreur ! Hors de question que je lise ce bouquin". Un ou deux ans plus tard, j'ai ressenti le besoin impérieux de lire ce livre, là, tout de suite. J'ai filé à la biblio et je me suis plongée dedans avec le succès que l'on sait (une de mes meilleures lectures de l'an dernier). Je crois que les lectures non fictionnelles, au-delà de ce qu'elles peuvent révéler sur le lecteur, répondent surtout à des besoins (de comprendre, de réfléchir sur un sujet, de s'informer, etc) et donc que leur lecture peuvent d'autant moins se planifier que de la fiction. Sentiment très personnel :)

    Encore merci pour cette liste originale !

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    1. Merci beaucoup pour ton commentaire !
      J'avais été contente de voir le Rilke sur ta liste d'ailleurs, c'était un des seuls que je connaissais.
      Je comprends pour Chateaubriand : je doute que j'aurais eu le courage (et pris le temps) de lire de tels pavés si ça n'avait pas été pour mes études. ;) J'ai mis du temps à m'habituer au style, je crois, mais on finit par s'y faire. Je me souviens surtout avoir préféré ce style-là à celui d'Atala et de René : je ne supporte toujours pas le premier récit ! Les Mémoires m'ont semblé contenir un lyrisme mieux contenu et donc mieux distribué dans le texte.

      Pour Haenel, c'est vrai que ça ne doit pas être son plus connu... Les autres en valent peut-être la peine aussi, mais je ne suis pas totalement sure d'avoir envie de m'y tourner. :s J'ai plutôt envie de lire les ouvrages de cette maison d'édition spécialisée dans les textes de rencontres avec une œuvre d'art, mais ils sont un peu chers pour moi (à raison, c'est vraiment un beau livre)

      Pour le Barillé, le pseudo-dialogue n'est pas la meilleure pièce dans l'ensemble qui est plus conventionnel (formellement parlant) par la suite. Si tu le reprends, je serais vraiment curieuse de savoir ce que tu en as pensé. :)

      Je n'ai pas gardé le souvenir de Lettre à D. comme d'un livre déprimant (l'anecdote n'est même pas mentionnée dans le livre, je la tiens d'une source extérieure), mais je peux me tromper : j'ai de toute façon l'intention de le relire "bientôt" (j'attends aussi le moment propice), donc je pourrai te donner un avis plus complet sur la question.

      Je suis assez d'accord avec toi pour les livres non fictionnels et le "moment", bien que je le ressente pour tous les livres, même fictifs, en général : je sais que j'ai manqué ma rencontre avec plusieurs livres parce que ce n'était pas le bon moment pour que je les lise. De même, j'ai parfois des élans qui me poussent vers un livre en particulier alors que je le délaisse depuis plus d'un an dans ma PAL. Les "réponses" des livres non fictionnels sont plus explicites, mais j'en trouve parfois dans la fiction aussi. Mon avis évoluera peut-être quand j'aurai lu plus de non fiction (ou de lectures "théoriques", disons, puisque mes choix se tournent actuellement plutôt vers les documents que j'ai tendance à rapprocher de la fiction par plusieurs aspects)

      Encore merci à toi pour ton merveilleux commentaire ! Je ne pensais pas ma liste spécialement originale.

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  3. Quelle belle liste! J'aime beaucoup l'éditeur Transboréal, mais je n'ai pas encore eu l'occasion de lire les titres de la philosophie du voyage. Je compte bien y remédier cet été!
    L'éloge du sensible pourrait me plaire aussi beaucoup!

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    1. Merci ! Je ne connais encore que la petite philosophie du voyage de cet éditeur, il faudrait quant à moi que je me mette aux autres récits de voyage de l'éditeur.
      J'espère que tu auras plus de chance de Flo pour ta découverte et que l'éloge du sensible te plaira si tu le lis !

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  4. Pour Chateaubriand, tu me donnes le goût de le découvrir, mais le volume de la chose impressionne un peu...

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    1. Je comprends, le volume de la chose en a découragé plus d'un. ;) Il faut avoir le temps et surtout la motivation : certains passages sont plus pénibles que d'autres en fonction de ses affinités littéraires personnelles, mais il faut continuer quand même.

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