Les Filles de l'ombre, Mathieu Terence


De Mathieu Terence, je n’avais lu jusqu’à présent que son Petit éloge de la joie. C’est dans un tout autre univers que je me suis engagée en choisissant ce recueil de nouvelles placé sous le signe du féminin et de l’ombre : en effet, ces dix récits sont extrêmement noirs, cruels souvent, et presque toujours inattendus (les dernières nouvelles correspondent moins à cette esthétique de la chute et m’ont moins plu pour cette raison). Tous ces ingrédients m’ont particulièrement plu et sont agencés avec brio par l’auteur.

Chacune des nouvelles est construite en plusieurs temps, que ce soit typographiquement marqué ou non, ce qui crée un crescendo dans la noirceur et un rythme particulier, assez théâtral. Le dernier texte est d’ailleurs écrit comme une courte pièce en un acte et illustre parfaitement l’esthétique générale du recueil. Les filles y semblent mises en scène par le narrateur, qui le fait remarquer à plusieurs reprises au cours des récits, voire se mettre en scène elles-mêmes, telles des mannequins ou des actrices. Énigmatiques, mystérieuses, innocentes ou perverses, elles intriguent et fascinent jusqu’à la révélation finale. Celle-ci est toujours brillamment amenée et m’a surpris dans chaque nouvelle, même lorsque je l’attendais et la recherchais.

Un mot : fille
Par le terme « fille », et non « femme », Mathieu Terence marque immédiatement la période de la vie féminine qu’il aborde dans son recueil : l’adolescence (l’enfance dans une des nouvelles) et le moment du dépucelage souvent. L’ambiance qu’il construit autour de cette époque y correspond plutôt bien : la noirceur du doute, la cruauté marquée par le sang, la brutalité de la vie, l’innocence perdue. Je préfère ne pas en dire plus sur les intrigues de ces nouvelles (la quatrième de couverture fait d’ailleurs de même) et vous laisser les découvrir, une grande part du plaisir résidant dans l’effet de surprise.


[TERENCE Mathieu, Les Filles de l’ombre, Paris, Phébus, coll. Libretto, 2002.]

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12 commentaires:

  1. Je le note car j'aime beaucoup lire des nouvelles. Merci pour cette découverte.

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    1. Ces nouvelles-ci sont particulièrement réussies (pour la majorité au moins), j'espère qu'elles te plairont !

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  2. Je le note, c'est une atmosphère qui devrait me plaire.

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    1. Je crois en effet, d'après ce que je lis de tes lectures sur ton blog, qu'il devrait te plaire. :)

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  3. Ta présentation du livre est tentante, mais j'ai tellement peu aimé son Petit Eloge de la joie que je n'ai pas envie de lire cet auteur davantage :(

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    1. C'est dommage, parce que c'est un univers très différent de son Petit éloge de la joie : beaucoup plus sombre, moins "philosophique" et plus narratif, avec de très belles chutes.
      Je comprends malgré tout cette non envie de continuer avec un auteur (et ne peux pas te la reprocher : ça fait 10 ans cette année que je refuse d'approcher à nouveau d'un auteur)

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  4. Celui-ci m'attire plus que l'autre encore ! Merci !

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    1. C'est un autre univers que le précédent, et j'ai préféré celui-ci aussi.

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  5. Je note même si j'évite les textes trop sombres. Tu en parles si bien!

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    1. Merci beaucoup ! J'espère que le recueil te plaira malgré sa grande noirceur.

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  6. Très très tentant ce livre qui semble bien une petite perle !

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    1. Disons que certaines nouvelles sont légèrement moins bonnes que d'autres, mais la plupart sont en effet des perles !

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