Le coeur régulier, Olivier Adam


C’est une amie qui m’a prêté ce roman, pour l’écriture d’Olivier Adam qu’elle qualifie de « Camus normand ». Elle a évité cette comparaison devant moi (elle est venue après ma lecture, quand on en a rediscuté), connaissant mon antipathie pour le second, et a préféré me parler de la beauté du style, non pas riche comme ceux que j’apprécie, mais au contraire très épuré.

J’ai repensé à ces mots si justes, dès le début de ma lecture : « c’est exactement cela », ne pouvais-je m’empêcher de dire. C’est la raison pour laquelle je commence cet avis avec ces paroles qui résument tout à fait mon ressenti. En effet, l’écriture de cet auteur est très loin de regorger de métaphores et de richesses lexicales plus ou moins exotiques. Elle est simple en apparence, presque sèche comme un paysage balayé par le vent, et recèle pourtant des beautés indéniables. Celles-ci évoquent un paysage normand à mon amie, tandis que j’ai fait le lien avec l’univers décrit dans le roman : un petit village japonais, bordé de falaises où viennent se suicider en nombre les désespérés du monde entier, souvent plongé dans la brume, qui semble à la fois apaisant et hostile. C’est à la fois effrayant et fascinant, désolé et magnifique.

Ce style particulier correspond selon moi également tout à fait à l’état d’esprit des personnages, notamment l’héroïne et narratrice, Sarah, partie dans ce pays à la recherche du souvenir de son frère mort et, sans le savoir tout à fait, d’elle-même. Perdue dans un monde dans lequel elle ne se reconnaît pas ni ne parvient à trouver sa place, bouleversée par la mort d’un être aimé et délaissé, elle semble errer tout au long du roman, construit par alternances entre présent et souvenirs. Heureusement, elle fera une série de rencontres qui lui permettront de :
[Se] reposer. Reprendre des forces. Réfléchir. Retrouver la force de réfléchir et d’envisager les choses dans le calme, faire le tri, se délester, choisir. […] Puis marcher, s’asseoir et se laisser envahir. Par la lumière, les bruits, les parfums, sentir sa peau et tout ce qui la touche, l’effleure, la caresse. Respirer. […] Je sais que c’est ce dont j’ai besoin. Me délester, sentir. M’oublier, m’ouvrir. Recueillir. Laisser le soleil chauffer ma peau, l’air pénétrer mes poumons, l’eau me diluer. Sentir battre en moi un cœur régulier. [p. 187.]

Un magnifique voyage initiatique dont je garderai un souvenir durable et marquant.


[ADAM Olivier, Le cœur régulier, Paris, Éditions de l’Olivier, 2010.]

4 commentaires:

  1. Quelle belle critique! J'avais beaucoup aimé ce roman aussi, le premier que je lisais de Olivier Adam. J'ai eu beaucoup d'empathie pour Sarah et n'ai pas été déçue de son aventure (intérieure). Tu as choisis les bons mots pour présenter ce roman!

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    1. Merci beaucoup ! Je n'ai pas vraiment eu d'empathie pour Sarah, mais j'ai été totalement conquise par l'écriture de l'auteur.
      Je vais aller lire ton avis sur ce roman, merci de ton passage ici !

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  2. Ehehehe, non, mais en fait, j'aime tellement cet homme et son style, je n'ai pas besoin d'écrire à quel point je l'aime ! Je suis vraiment contente qu'il t'ait plus autant qu'à moi :)

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    1. Encore merci à toi de me l'avoir fait découvrir. :)

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