Parmi les parutions récentes de Folio 2€, se trouve ce petit
livre regroupant trois nouvelles extraites du recueil La mort d’Edgar : ayant l’intention de lire celui-ci, j’ai
pensé qu’un petit avant-goût peu onéreux serait une bonne idée. Mon avis est
finalement mitigé, avec deux déceptions et une très belle surprise.
J’ai avant tout été frappée par la maîtrise narrative de
Franz Bartelt : chacune de ces trois nouvelles est extrêmement bien
construite et avec une cohérence très forte, à partir d’une idée-maîtresse
énoncée dès les premières lignes ou dans la chute du texte. Dans Une
sainte fille, il s’agit d’une fille plutôt banale et chaste qui a le
malheur d’avoir l’air vicieux :
« Elle n’a rien de vicieux ! s’offusquaient les femmes. Elle s’habille comme une gourde. Elle n’est ni belle ni laide, ni grande ni petite, ni grosse ni mince. C’est une fille banale. […] C’est quoi, exactement, avoir l’air vicieux ? se renseignaient les femmes.- Rien de précis. En même temps, quelque chose de spécial. Ce sont des choses qu’on sent. On ne pourrait pas expliquer, mais ce qui est sûr et certain, c’est que cette fille-là, c’est la plus grande vicieuse de toute l’histoire du vice ! » (pp. 14-15)
Ce fait est établi dès le début et ensuite décliné tout au
long de la destinée de ce personnage féminin, dans des situations de plus en
plus invraisemblables, mais toujours habilement amenées par Franz Bartelt. De
même, les situations s’enchaînent avec cohérence dans Le vrai romancier, celui
qui ne savait écrire que ce qu’il vivait. Après avoir narré son enfance, sa
jeunesse, puis son bonheur conjugal, il décide de rédiger un roman érotique et
demande à sa femme de se livrer à la débauche dans un club échangiste afin qu’il
puisse l’observer. Enfin, La mort d’Edgar se démarque des deux
nouvelles précédentes par le fait que l’idée-maîtresse est révélée à la fin, en
tant que chute : le lecteur sait depuis le début qu’il est question d’un
enterrement, mais sent néanmoins qu’il doit y avoir quelque chose qui lui est
caché. Une fois ce « secret » révélé, la construction du récit
apparaît dans toute sa réussite, chaque élément prenant alors un nouveau sens
et ce qui pouvait sembler inutile se révèle une annonce de la chute.
Cette construction à partir d’une situation se retrouve
selon moi dans l’humour présent dans ces textes, que je qualifie de « burlesque
situationnel » : chaque point de départ est en lui-même assez absurde
et les évènements qui en découlent le deviennent de plus en plus. L’intrigue s’appuie
vraiment sur eux, plutôt que sur la psychologique des personnages qui est survolée
qu’approfondie. Je suis malheureusement peu sensible à ce type d’humour, d’où
ma déception face à ces textes. Néanmoins, la seconde nouvelle, Le vrai romancier, m’a énormément plu :
le style y est plus féroce, à l’image des sentiments du romancier, et plus
noir.
En conclusion, malgré mon sentiment personnel mitigé, je
conseille ces nouvelles et les considère comme extrêmement bien construites.
[BARTELT Franz, Une
sainte fille et autres nouvelles, Paris, Gallimard, coll. Folio, 2012.]
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Merci pour ce partage.j'ai personnellement toujours un peu de mal avec les nouvelles. Mais pourquoi pas...
RépondreSupprimerPersonnellement, je les aime beaucoup et ai même tendance à privilégier de plus en plus les genres courts. Merci pour l'organisation de ce challenge. ;)
SupprimerSi l'occasion se présente, pourquoi pas ! J'aime bien lire des nouvelles.
RépondreSupprimerMerci !
Merci à toi pour l'organisation de ce challenge !
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