Un temps fou, Laurence Tardieu


Présentation de l’éditeur :

« J'ai peur de vous revoir. Peut-être aurait-il mieux valu en rester là, comme nous l'avons fait depuis six ans, conformément à je ne sais quel accord tacite passé entre nous : ne pas nous revoir, jamais, garder au creux de nous cette longue nuit irréelle comme un secret qui n'appartient qu'à nous.
Peut-être, au fond, l'accident est-il celui de notre rencontre, pas du silence qui s'ensuivit [...]. J'ai peur de vous revoir, mais comme j'en suis heureuse. »


Mon avis :

Encore une fois, ma lecture commune avec Métaphore fut l’occasion d’une belle découverte littéraire. Comme pour la précédente, je connaissais déjà l’auteur par un autre de ses romans : Puisque rien ne dure, un magnifique et émouvant texte sur le deuil d’un enfant.

Dans Un temps fou, j’ai retrouvé l’écriture si particulière de Laurence Tardieu. Ce qui en fait la spécificité est ce qui m’agace chez tant d’autres : des phrases souvent courtes, simpl(ist)es, juxtaposées plutôt que coordonnées ou subordonnées les unes avec les autres, un usage très réfléchi de la ponctuation (et parfois incorrect, ajouterais-je si je laissais parler la correctrice-pinailleuse en moi), pour exprimer le désarroi des personnages et leurs pensées telles qu’elles leur viennent. Étrangement, je supporte et apprécie même beaucoup son style, car je le ressens comme très théâtral : à la fois oralisé, au point d’avoir envie de lire à haute voix, tout en étant relativement soutenu et littéraire.

J’ai également retrouvé la mise en scène d’un couple, mais dans une optique tout à fait différente. Laurence Tardieu livre dans ce texte une exploration du sentiment amoureux : tout passe par le regard de Maud, la narratrice que nous suivons donc dans ses errements, ses illusions, ses extases, ses aveuglements et ses sensations. L’homme ne s’exprime jamais directement, mais toujours à travers la femme, donc à travers une certaine vision et interprétation. Cet effet est encore renforcé par la dimension des souvenirs : le récit voyage entre passé et présent, voire projections dans l’avenir, entre séparation et retrouvailles. Cela renvoie à une métaphore de l’écriture et de la fiction en général :
L’écriture, comme l’amour, permet de tout oublier. L’écriture, comme l’amour, permet de renaître. (p. 45)
Au-delà de cet extrait, le parallèle est finement exploité par l’auteure tout au long du récit, que ce soit par allusion ou par les personnages même, tous deux écrivant, l’une des livres et l’autre pour le cinéma.

Malheureusement, cette lecture, qui avait merveilleusement bien commencé, s’est essoufflée dans les dernières pages, en raison de quelques longueurs et redondances. Malgré ce bémol, je vous conseille ce très beau roman.


Un extrait parmi d’autres :
- Pour l'instant, j'écris les souvenirs. J'ai eu envie de partir de l'enfance : de ce qui a été un jour le réel mais dont ce qui demeure ressemble à des bulles de savon qu'on pourrait faire éclater, juste en les effleurant. Et, mêlée à ces souvenirs, il y aura une histoire, une fiction. Mais qu'est-ce qui est vrai, au final? Les images qui restent, dont on ne sait plus si on les restitue ou si on les invente ? Ou la fiction, qui tente d'explorer le réel ?
[TARDIEU Laurence, Un temps fou, Paris, Le Livre de poche, 2009, p. 212.]

Une année : 2009
***
De la même auteure :

4 commentaires:

  1. Je ne connaissais pas ce livre, mais tu me donnes très envie de le découvrir ! D'ailleurs, je me suis inscrite à la prochaine LC sur La nuit Bengali :)

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  2. Salut, je viens de lire ton avis, tu en parles si bien!
    De mon coté, je me suis retrouvée dans la première partie, quelle magnifique description du sentiment amoureux mais je suis déçue qu'elle n'ait pas exploré plus avant la part de la désillusion. Vivement notre prochaine lecture commune! :)

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  3. Tiens je viens de lire le message de Tête de Litote, je te rajoute à la lecture commune. Je te laisse faire un petit billet sur ton blog. A très vite!

    Je me permets de papoter via ton blog Minou :)

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    1. Pas de soucis, il est là pour ça aussi. ;)

      J'ai hâte de commencer cette nouvelle lecture avec vous deux !

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