Petit éloge - septembre 2008


Les Petits éloges de Folio constituent une collection que j'aime beaucoup, notamment pour sa diversité. En effet, les auteurs sont libres de choisir le sujet de leur éloge, ainsi que la façon de le traiter : certains choisissent l'essai, d'autres la nouvelle, les aphorismes, le témoignage ou encore le théâtre.

En cherchant un livre paru en 2008 pour le challenge de Sophie, j’ai fini par penser aux petits éloges paru cette année-là : excepté celui de la colère j’ai gardé un bon souvenir de tous, et ai entrepris de les relire. Deux se présentent sous forme d’un recueil de nouvelles : les faits divers et la haine, et les deux autres – la colère et le sensible – sont un essai-témoignage. Ayant déjà commenté le petit éloge d’Élizabeth Barillé, je ne le fais pas à nouveau ici : mon avis peut être lu sur mon article de Noël.


Petit éloge des faits divers 
Didier Daeninckx
(relu le 11 avril 2012)

Libellé : nouvelles.

Présentation de l’éditeur :

« Le fait divers est le premier monument érigé à la mémoire des victimes, même si ce n’est qu’un pauvre monument de papier noirci.
Et si les textes qui suivent méritent le terme d’῞éloge” il faut, pour être honnête, y ajouter celui de ῞funèbre”. »


Mon avis :

Le livre de Didier Daeninckx commence par une courte préface où il fait l’éloge du fait divers et de son usage en littérature, souvent peu avoué par les auteurs ou au contraire revendiqué afin d’en jouer comme Félix Fénéon. Selon lui, « le fait divers est le premier monument érigé à la mémoire des victimes, même si ce n’est qu’un pauvre monument de papier noirci. » (p. 13) On n’en sent pas moins son intérêt pour ce pauvre monument qu’il utilise très bien dans les cinq nouvelles qui suivent. La première est la seule à s’inspirer directement d’un fait divers : à partir de la guillotine amenée jusqu’aux colonies françaises, il développe tout un petit récit-enquête dans Prise de têtes. Par la suite, il joue davantage avec son sujet, notamment dans Douche franche où le narrateur est un journaliste, auteur de plusieurs faits divers, qui devient lui-même l’objet de ce type de texte à la fin, ou encore dans Loto stoppeur dont la chute est particulièrement réussie et qui décrit en quelque sorte la rencontre de deux faits divers. Je touche du bois… se termine par un fait divers rédigé par l’auteur, afin de jouer sur le contraste entre la réalité et le rapport journalistique. De manière générale, j’ai apprécié la façon dont Didier Daeninckx a utilisé le sujet de son éloge dans ses fictions, bien que les textes policiers/de type enquête ne sont pas mon genre littéraire de prédilection. 


[DAENINCKX Didier, Petit éloge des faits divers, Paris, Gallimard, coll. Folio, 2008.]

Du même auteur : 
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Petit éloge de la haine
Nathalie Kuperman
(relu le 11 avril 2012)

Libellé : nouvelles.

Présentation de l’éditeur :

« Moi, écrire un éloge de la haine ? Impossible ! La haine, le mot même me fait froid dans le dos. Pourquoi alors n’ai-je pas proposé de parler de l’amour lorsqu’on m’a demandé de participer à l’aventure des ῞Petits éloges” ? Parce que, peut-être, je n’avais rien à en dire. La haine, j’ai essayé. Ca a donné :
Un clochard qui pousse au crime, une souris qui sépare un couple, des peluches qui détruisent des enfants, une radio qui provoque des gifles, un papier peint qui effraie, une jupe qui mène à la déchéance, un chef qui perd le contrôle, une phrase atrocement vulgaire qui permet de continuer à vivre…
Petit éloge de l’écriture de la haine serait un titre plus approprié, me suis-je dit pour me rassurer. »


Mon avis :

J’avais gardé de ce petit éloge l’impression que l’issue de la haine y était trop souvent la folie, ce qui m’avait déçue, mais cela m’a moins marquée lors de cette relecture. J’ai davantage apprécié ce recueil de nouvelles cette fois-ci d’ailleurs, en percevant mieux les qualités et la diversité. Le Petit prologue d’une gentille fille m’a fait sourire par son ironie et sa première mise en scène de la haine. J’ai ensuite beaucoup aimé le style d’écriture de Nathalie Kuperman dans les nouvelles : il est plutôt fluide et classique, parfois oralisé ou jouant sur les répétitions pour marquer les gradations. La haine est déployée dans les textes de diverses façons, toujours avec brio. Si les chutes ne sont pas spécialement surprenantes, les fins sont toujours très bien amenées, soit progressivement comme dans Laurence & Laurence et Grande entreprise, soit brusquement dans Un dragon noir avec des dents puissantes et une gueule forte.

Il s’agit donc d’un agréable recueil de nouvelles, que j’ai mis du temps à vraiment apprécier, mais que je conseille.


[KUPERMAN Nathalie, Petit éloge de la haine, Paris, Gallimard, coll. Folio, 2008.]

De la même auteure : 
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Petit éloge de la colère 
Patrick Amine
(relu le 12 avril 2012)

Libellés : essai, nouvelles, témoignage.

Présentation de l’éditeur :

« Cette colère dont je fais l’éloge ne peut être vécue ou assumée pleinement par tous. Elle est essentiellement violente, antisociale et souvent pénible à supporter physiquement et psychologiquement. C’est peut-être la raison pour laquelle je lui voue un culte inaltérable et infini.
La colère est le propre de l’homme qui reste debout. Elle empêche d’être laminé. Il faut l’apprivoiser, puis la comprendre telle une enfant sauvage. »


Mon avis :

Ce petit éloge fait partie des rares auxquels je n’accroche pas, malgré leurs qualités. J’ai pourtant fait l’effort de mettre de côté ma première impression négative et pense avoir mieux compris, au moins appréhendé, cet ouvrage que la première fois, mais suis restée hors de ma lecture puis m’en suis même lassée.
Afin de faire l’éloge de la colère, l’auteur mélange tous les genres : fictions, récits, anecdotes, essai, notes de lecture et témoignages, ce qui rend son texte difficile à classer dans une seule catégorie et peut disperser l’attention du lecteur. En effet, chaque chapitre peut être lu de façon tout à fait indépendante des autres, sans ordre particulier. Certains sont très intéressants ou amusants, d’autres beaucoup moins, comme c’est souvent le cas dans de tels « patchwork » littéraires où les auteurs finissent par se perdre et perdre leur lecteur (du moins, moi en général)


[AMINE Patrick, Petit éloge de la colère, Paris, Gallimard, coll. Folio, 2008.]

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Dans la même série :
  • Janvier 2007 petit éloge : d'un solitaire, du temps présent, de l'excès, de la peau
  • Octobre 2007 petit éloge : de la douceur, des grandes villes, de la jalousie, de l'enfance, de la bicyclette
  • Septembre 2009  petit éloge : de la vie de tous les jours, de la rupture, des petites filles, du catholicisme
  • Septembre 2010 petit éloge : des voisins, de la paternité
  • Septembre 2011 – petit éloge : de la joie, du cinéma d’aujourd’hui, de la première fois, des amoureux du silence
  • Septembre 2012 - petit éloge : des séries télé, des coins de rue
  • Mai 2013 - petit éloge : des vacances, du Tour de France
  • Septembre 2013 - petit éloge : des brunes, du désir
  • Joyeux Noël - petit éloge : de la mémoire, du sensible, de la gourmandise, de l'ironie

4 commentaires:

  1. Je connaissais cette collection seulement de nom, mais je n'ai pas encore eu l'occasion d'en lire... Le petit éloge des faits divers est celui qui m'attire le plus, peut etre pour assouvir ma soif insatiable de potins ^^
    Merci de toujours nous faire découvrir de chouettes collections !

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    1. Malheureusement, les potins ne sont pas très croustillants dans ce petit éloge, il n'est pas idéal dans cette optique-là. ^^ Je ne peux que t'encourager à découvrir cette collection ! Merci pour ton commentaire et ton enthousiasme face aux découvertes que j'essaie de présenter ici. :)

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    2. Blague a part, les nouvelles de Didier Daeninckx ont l'air vraiment intéressantes, je pense que je vais essayer de me le trouver a la librairie :) J'avais lu Meurtres pour Mémoire de cet auteur, et j'en ai gardé un très bon souvenir =)

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  2. j'aime beaucoup ces petits éloges. Merci de ta participation !

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