La Nonne, Comte d'Irancy


Présentation de l’éditeur :

Imprimé à 250 exemplaires à la fin des années 40, on sait peu de choses sur La Nonne, texte d'une franche pornographie, joyeuse et iconoclaste, dans la pure tradition des textes érotiques anticléricaux. Ce roman raconte la découverte de la sexualité par deux jeunes couventines, Agnès et Martine, initiées par une mère supérieure nymphomane et un abbé vicieux. Emportées par les délices de la chair, les deux novices vont se lancer à corps perdu dans une exploration de tous les domaines du plaisir... pour finir putains dans la capitale.

Un roman truculent dans un style vif et endiablé qui enchaîne les scènes les plus crues, tant pour choquer le lecteur que pour le troubler... ce qu'il réussit fort bien d'ailleurs.

Note : est-il vraiment nécessaire de préciser que ce roman pornographique n’est pas à mettre entre toutes les mains / sous tous les yeux ?


Mon avis :

Passée tout à fait à côté de ce livre lors d’une des éditions précédentes de Masse Critique sur Babelio, c’est sur le blog Livrogne.com que je l’ai découvert, grâce à l’article très étoilé de Noann. Ce dernier avait été amusé par sa lecture et Céleste écœurée. Quant à moi, j’en ressors entre les deux, incapable de dire lequel de ces deux sentiments l’emporte.

À condition de ne pas prendre ce texte au premier degré, il est en effet très drôle : les scènes s’enchaînent rapidement, créant quiproquos et retournements de situation (le dépucelage d’Agnès tout particulièrement, objet de toutes les convoitises masculines, est à la source de la plupart des péripéties et prend fin de façon tout à fait inattendue), le tout dans un langage très cru, mais pas grossier, et parfois imagé. Malgré tout, le dégoût a plusieurs fois pris le dessus sur cet amusement lors de ma lecture. Tandis qu’il s’est agi des scènes scatologiques pour moi (vous voilà prévenus), d’autres pourraient s’offusquer des propos tenus sur les femmes (bien que celles-ci ne se privent pas de parler des hommes non plus) ou regretter la trop grande profusion du sexe pour le sexe.

Une lecture en demi-teintes pour moi donc, jusqu’à ce que je commence à rédiger cet avis et à me rendre compte de tous les parallèles de ce roman avec ceux du Marquis de Sade, dont le nom est d’ailleurs cité une fois (dans un juron que je ne reproduirai pas ici). Le début fait référence, de façon tout à fait évidente, aux personnages de Justine et Juliette : deux pures et innocentes jeunes filles privées d’appui et livrées aux vicieux auxquels l’une se livre tandis que la seconde résiste et voit tous les malheurs s’abattre sur elle. L’intrigue prend ensuite une tournure différente, et d’autres analogies apparaissent, comme la forteresse et ses souterrains où est enfermée la vertu, les figures érotiques agencées par les libertins et l’importance de la parole, par exemple. Les propos anticléricaux et les passages scatologiques rappellent également les pornographes de la fin du 18e siècle. Enfin, à la fin du texte, a lieu une discussion qualifiée de « philosophique » et, si le terme « boudoir » n’est pas employé, la pièce dans laquelle elles se trouvent n’y fait pas moins penser. 

Par la suite, j'ai réfléchi à la ressemblance entre ce titre et celui du roman de Diderot, La Religieuse, qui est d'autant plus flagrante quand on sait que la traduction anglaise a adopté le titre The Nun : encore une fois, le parallèle est filé dès le début de l'intrigue, avec l'entrée au couvent des deux jeunes filles. Elles n'ont aucune vocation religieuse particulière et y entrent contrainte par leurs parents (bien que cela ne semble pas les déranger et que cet épisode est évoqué très brièvement). Tout au long du roman, le monde monacal est présenté comme le lieu du vice et de la débauche, en amplifiant les travers mis en scène par Diderot : une mère supérieure vicieuse et des sœurs très proches les unes des autres, notamment. Le personnage d'Agnès peut également faire penser à celui de Suzanne : naïve, innocente et souhaitant le rester, bien que son attitude soit plus ambigüe qu'on ne le pense.

En conclusion, La Nonne est un roman qui peut faire rire comme enrager et qui m’a davantage intéressée après ma lecture que pendant. 


[IRANCY Comte d', La Nonne, Paris, La Musardine, coll. Lectures amoureuses, 2012.]

2 commentaires:

  1. Voilà un bel article bien rédigé... Et une comparaison bien sentie avec Sade ou Diderot.

    Bravo !

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  2. Je me suis aussi inscrite à ce challenge, et je viens voir les livres sélectionnés. J'ai apprécié ton article parce ce n'est pas facile de traiter ce sujet, c'est une belle synthèse que tu as réussi à faire de ce roman qui est sous une influence bien particulière.....

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