Ne nous fâchons pas ! ou L'art de se disputer au théâtre


Présentation de l’éditeur :

Plaisir des mots qui fusent et rebondissent, des dialogues qui obéissent aux lois de l'escrime. Que serait le théâtre sans les quiproquos, les altercations, les piques, les disputes? Au théâtre, les personnages peuvent s'aimer, penser, dire leur amour au monde mais, sans le sel qu'apportent un ou plusieurs affrontements, la fadeur pointe.

Un recueil de scènes célèbres à lire et à jouer. Un manuel d'exercice sur l'art d'élever la voix au théâtre et de pratiquer la joute verbale.


Mon avis :

Peu attirée par le sujet, j’avais surtout acheté ce recueil pour compléter ma collection d’anthologies de Folio 2€, mais j’ai finalement relu ces scènes de pièces connues avec plaisir. Chacun des extraits est brièvement contextualisé dans l’intrigue, ce qui pouvait manquer dans les anthologies précédentes et permet au lecteur de se mettre dans la peau des personnages. J’aborde ce dernier point, car le livre est clairement présenté comme un petit manuel d’exercices théâtraux et répond tout à fait à cet objectif selon moi : les textes choisis sont suffisamment longs pour être joués en trois à cinq minutes (au moins ; ne faisant pas moi-même de théâtre, j’ai du mal à faire une évaluation exacte) et présentent chacun un intérêt particulier. Par exemple, tandis qu’on trouve de longues tirades argumentées chez Molière dans sa Critique de l’Ecole des femmes, Beaumarchais (Le mariage de Figaro) joue davantage sur les répliques courtes et vives, dites alternativement à part ou haut, et Feydeau (Le dindon) sur l’accent du personnage féminin anglais. Les amateurs seront ravis de jouer une partie de La cantatrice chauve d’Ionesco, avec une colère croissante, comme dans le récit du Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand. Personnellement, ma préférence a été à la colère féminine (un tantinet féministe aussi) de Marianne chez Musset : cultivée, ironique et mordante, elle répond sur un ton très pince-sans-rire, qui m’a ravie, aux instances d’Octave.


Une réplique de Marianne dans Les caprices de Marianne de Musset :
Qu'est-ce après tout qu'une femme ? L'occupation d'un moment, une coupe fragile qui renferme une goutte de rosée, qu'on porte à ses lèvres et qu'on jette par-dessus son épaule. Une femme ! c'est une partie de plaisir ! Ne pourrait-on pas dire, quand on en rencontre une : Voilà une belle nuit qui passe ? Et ne serait-ce pas un grand écolier en de telles matières, que celui qui baisserait les yeux devant elle, qui se dirait tout bas : " Voilà peut-être le bonheur d'une vie entière ", et qui la laisserait passer ?
[MUSSET Alfred de, Les caprices de Marianne, dans Ne nous fâchons pas ! ou L’art de se disputer au théâtre, Paris, Gallimard, 2011, coll. Folio, p. 45.]

Une chouette initiative de Sophie

1 commentaire:

  1. Aaah j'ai adoré Les caprices de Marianne au lycée, et la réplique que tu as publiée était une de mes favorites aussi :)
    Elle a l'air bien interessante cette petite anthologie, je pense me l'acheter dès que je reviens en France !

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