Le noeud coulant, Nils Trede


Présentation de l’éditeur :

Une ville isolée dans un Nord non identifié, privée de tout échange avec le monde extérieur. Et des êtres humains qui prennent avec le temps la forme de leur ville. Dans cet univers, où la pensée se confond avec la superstition , la parole avec les bruits et la compassion avec l'indifférence, l'absurde devient le maître du monde. Une famille s'oppose à ce monde totalitaire, devient la victime d'un crime terrible. Quelque temps après, un navire arrive dans la baie de North et met fin à l'isolement de la ville. Ce n'est pas tout à fait la fin du récit. 


Mon avis :

Peut-être aurais-je dû tirer une leçon de mon dernier échec de lecture avec un roman nordique, Les chaussures italiennes d’Henning Mankell : encore une fois, je referme le livre beaucoup moins enthousiaste que je ne l’aurais voulu et dubitative. Je savais pourtant mieux à quoi m’attendre et ai apprécié l’ambiance particulière de ce roman, celle d’une ville tout à fait coupée du reste du monde, isolée et refermée sur elle-même. Cette autarcie, tant rêvée par certains, n’est pas du tout présentée comme utopique ; au contraire, les habitants sont taciturnes, superstitieux et sauvages (dans le sens non-cultivés et avec une vision très limitée du bien/mal) Selon l’un des personnages, ce qui les rend ainsi, c’est la coutume dite du nœud coulant : tous les ans, tous les thons de la baie sont capturés dans un immense filet et tués, pendant deux semaines, puis conservés pendant le reste de l’année. Cette tuerie annuelle, considérée comme rituelle et éternelle, sert surtout à maintenir ces hommes dans l’ignorance et l’isolement par la sauvagerie.

Comme je le disais, j’ai apprécié cet univers, bien construit et mis en place par l’auteur, dès les premières pages. Le style d’écriture même témoigne de la personnalité des personnages : il est simple, presque monotone, composé de phrases courtes de structure semblable et descriptives. C’est donc au niveau de l’intrigue que j’ai été déçue dans mes attentes* : les éléments annoncés par la quatrième de couverture sont bien présents, mais la transition entre eux est mal amorcée selon moi. On passe de façon trop brusque d’un évènement à un autre, surtout après l’arrivée du bateau par exemple. D’un chapitre au suivant, la situation est totalement transformée, sans explications (celles-ci viennent par la suite) : cela crée une attente et une curiosité chez le lecteur, mais déstabilise également et m’a personnellement donné l’impression de lire deux récits différents. Je pense avoir trouvé dans l’épilogue une explication à ce phénomène, mais elle ne me satisfait pas tout à fait, et je reste sur ma faim, avec l’impression d’avoir goûté divers éléments séparément et jamais dans leur ensemble.

La conséquence de cette dissociation est que les réflexions qui auraient pu être développées – sur l’isolement, l’intrusion d’étrangers dans un monde clos et autonome, le tourisme, etc. – ne sont qu’ébauchés et laissent un goût de trop peu. En conclusion, ce roman est pour moi comme une belle promesse non tenue. Je vous le conseille malgré tout pour son ambiance si vous aimez ce genre de roman.

Note : le début du roman peut être lu sur le site des Impressions Nouvelles.

Cet article est également publié sur le blog Passion Bouquins.

3 commentaires:

  1. Bonjour,

    Je me permets de poster ce commentaire, qui a pour but de contrebalancer votre appréciation plutôt mitigée du dernier ouvrage de Nils Trede, puisque, selon moi, « Le Noeud coulant » représente un des romans les plus aboutis et les plus poétiques qu'il m'a été donné de lire récemment. Je m'explique.

    J'ai, comme vous, pleinement expérimenté cette atmosphère brumeuse d'une ville à la fois hors du temps et hors d'atteinte, cette ambiance troublante d'un lieu perdu dans « le Nord ». Mais le nord de qui ? de quoi ? C'est, en réalité, une vision symbolique et énigmatique d'un monde qui nous est donnée non pas à voir, mais à sentir, à ressentir. Car North est bel et bien un mythe, suggéré plutôt que désigné, par le biais d'une écriture dépouillée, mais faussement simple, d'un style très travaillé et maîtrisé avec habileté, d'une structure s'apparentant au conte, dignes de ce que l'on retrouve chez un certain Maeterlinck (j'ai, par ailleurs, été très admirative du contraste stylistique qui s'installe entre le corps du texte et l’épilogue, ce dernier prenant d’autant plus de mesure que le ton change).

    Quant à l'intrigue, qui semble vous avoir déplu et déstabilisée, je dirais qu'elle relève, de par son mutisme (les non-dits, les ellipses, les mystères), de la Littérature avec un grand « l », celle qui ne tient pas le lecteur par la main d'un bout à bout du roman, mais qui le laisse, le délaisse, seul, face à ses multiples questionnements, provoqués par les nombreuses pistes de réflexion qui parsèment le roman, et qui portent sur des thématiques aussi diverses que la corruption des sociétés dites « primitives » (au sens d’originelles, donc isolées et pures), la question de l’origine des choses (des lois, des coutumes, du bonheur...) et de leur remise en question, la subversion d’un système de pensée dogmatique (on retrouve sur ce point des observations qui pourraient rappeler Kafka), etc. J'ai également été fascinée par la poésie de certaines images, comme celle de l’amitié entre un enfant et une loutre, ou encore celle des fleurs qui, comme les lucioles, brillent dans la nuit avant de s’évanouir.

    Quoi qu’il en soit, je vous remercie d’avance de me laisser émettre cet avis « contraire » (pas tout à fait, puisque nous nous rejoignons sur pas mal d’autres points).

    Bonne journée,

    Lauren Lekeux

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  2. Je partage l'avis d'"Anonyme" sur ce très beau livre. je pense aussi que l'écriture sobre donne une grande intensité au texte et qu'il permet une liberté d'interprétation.

    Et le découpage en séquences courtes, très visuelles constitue l'originalité de ce texte. Quant à l'épilogue, il donne une structure circulaire à l'ensemble.

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  3. Je n'ai pas comme vous été déçue car je n'avais pas les mêmes attentes avant lecture (votre blog "Minou n'a pas encore lu" est d'ailleurs très original !). Il faut dire que je connaissais déjà l'auteur dont j'avais lu (et adoré !) le premier roman. Le style poétique et très musical, le côté captivant de l'intrigue, les questionnements philosophiques du narrateur... j'ai retrouvé tout cela dans Le noeud coulant !

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