La vie éternelle. 13 histoires courtes pour marquer le temps, Sholem Aleikhem


Présentation de l’éditeur :

Empreints d’un humour dévastateur, les treize récits de Sholem Aleikhem réunis dans ce recueil se situent toujours à la frontière de l’absurde et du drame. L’auteur nous fait découvrir l’univers juif d’Europe orientale au tournant du XXe siècle et dessine à traits mordants et tendres la vie des petites gens et celle de la bourgeoisie naissante.
Sholem Rabinovitch, dit Sholem Aleikhem (1859-1916) est sans nul doute l’écrivain le plus caractéristique de la littérature yiddish moderne. Il nous a laissé une œuvre importante. En 1905, il est contraint d’émigrer à Genève en premier, puis à New York. Il décide de poursuivre ses écrits en yiddish uniquement, imprimant ses lettres de noblesse à cette langue. Son œuvre la plus célèbre, Tévié le laitier, a été adaptée au cinéma en 1971 sous le titre Un violon sur le toit.

Dans ce recueil de nouvelles encore inédites en français, Arthur Langerman et Ariel Sion ont choisi de prendre comme trame le calendrier juif et la rencontre chaotique entre le monde juif et les autres.


Mon avis :

Même si je n’en lis pas toujours très souvent et/ou n’en parle pas toujours sur ce blog, j’apprécie les nouvelles et les textes courts en général. C’est la raison pour laquelle j’ai été tout à fait ravie que les Agents littéraires m’en proposent un recueil pour mon second partenariat avec eux. Je craignais l’aspect humoristique des textes, mais ne regrette finalement pas d’avoir dépassé cette réticence. J’ai en effet fait de belles découvertes : celle d’une œuvre et, plus largement, celle d’une littérature que je ne connaissais pas encore.

Ce recueil de nouvelles, choisies et traduites par Arthur Langerman et Ariel Sion, comporte un humour essentiellement satirique envers la société juive du début du 20e siècle : avec un regard acéré, l’auteur analyse finement les défauts et failles de ses contemporains, notamment dans leurs confrontations avec les autres cultures. La nouvelle la plus représentative selon moi de cet aspect est la première, Rien de neuf, composée de l’échange épistolaire de deux juifs, l’un habitant au « pays » et l’autre en Amérique. Tout semble les opposer, depuis la manière de s’exprimer (très bien rendue dans la traduction, grâce à de nombreux mots en yiddish ou en « anglais » conservés dans le texte et explicités en note de bas de page) jusqu’à l’état d’esprit : on retrouve par exemple le rêve américain tourné vers l’avenir qui ne peut qu’être meilleur, par opposition à une position plus résignée, ancrée dans le présent, voire le passé et la répétition de celui-ci.

Le regard de Sholem Aleikhem, que je disais acéré, sait aussi se faire malicieux dans certaines scènes, réussissant à m’arracher quelques sourires amusés. Les « ficelles » utilisées sont connues : arnaques, quiproquos, retournements de situation inattendus, etc., mais n’en fonctionnent pas moins et apportent une dimension plus universelle à ces textes, permettant au lecteur non familiarisé avec la culture juive de ne pas être totalement en terrain inconnu. Personnellement, j'ai particulièrement apprécié la nouvelle Mon premier roman qui repose sur ces astuces burlesques : j'avais partiellement deviné la fin, mais ne m'attendais pas du tout à un tel malentendu, amené de façon très brillante et subtile.

D’un point de vue stylistique, j’ai été frappée par un procédé récurrent dans les nouvelles : la répétition d’une série d’expressions dans la bouche des personnages-narrateurs. J’y suis peu accoutumée et en ai parfois été agacée. Néanmoins, cela participe selon moi grandement à la construction psychologique des protagonistes, leur confère une personnalité propre que reflètent ces « tics de langage ».

En conclusion, je vous conseille vivement la découverte de ces nouvelles, très bien traduites, dans un style fluide, émaillé d’expressions en yiddish et de phrases récurrentes !


L’extrait de Rien de neuf en quatrième de couverture :
Il n’y a rien de neuf chez nous. Maintenant, Dieu merci, tout est rentré dans l’ordre. Les vont bien comme d’habitude et les pauvres crèvent de faim comme partout. Nous, les artisans sommes sans le moindre travail, mais il y a une chose, Dieu merci, avec laquelle nous sommes bien servis, c’est avec des pogroms (…) Le pogrom est même arrivé chez nous un peu tardivement, mais c’est pourquoi nous avons eu un pogrom avec tout le clinquant.

Cet article est également publié sur les blogs Passion Bouquins et des Agents littéraires.
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Merci à Vincent Beghin et aux éditions Métropolis

3 commentaires:

  1. Merci pour cette présentation :)

    Quand tu dis "qu'ils sont au pays", c'est lequel ? Si tout se passe au début du XXe siècle, c'est où ?

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    1. Ce n'est pas précisé clairement, je pense qu'il s'agit de la Russie, mais sans certitude. Je me suis posé la même question en rédigeant mon article (j'ai d'ailleurs failli écrire Israël avant de me rappeler que l'auteur a vécu au début du 20e siècle), mais au fond ce n'est pas si important : ce qui l'est dans cette nouvelle, c'est le décalage entre l'émigré et celui qui n'est pas parti.

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