La lettre et la plume - « Quand on a le bonheur d’aimer, tout le reste est vil sur la terre »


La lettre et la plume

Présentation de l’éditeur : LA LETTRE ET LA PLUME, une collection qui marie littérature et histoire au travers d’écrits intimes (mémoires, correspondances, journaux, chroniques…) d’une grande qualité littéraire.

Ma découverte : j’ai découvert cette nouvelle collection du Livre de poche dès ses débuts en septembre 2010 avec la première parution, « Je meurs d’amour pour toi… » qui reprend une partie de la correspondance d’Isabelle Bourbon-Parme et de sa belle-sœur l’archiduchesse Marie-Christine entre 1760 et 1763. Séduite, j’ai ensuite acheté tous les ouvrages suivants, au fur et à mesure de leur publication, sans avoir forcément le temps de les lire. J’ai décidé d’y remédier cette année en commençant par les recueils de lettres : après celui du marquis de Sade, j’ai lu celui de Beaumarchais et Amélie Houret de La Morinaie entre 1787 et 1799.


« Quand on a le bonheur d’aimer, 
tout le reste est vil sur la terre »
Présenté et édité par Évelyne et Maurice Lever


Présentation de l’éditeur :

À l’âge de cinquante-sept ans, après une vie amoureuse déjà fort remplie, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais rencontre Amélie Houret de La Morinaie, qui sera sa dernière maîtresse. Il s’éprend follement de cette femme qui excite le désir et feint la vertu. Leur liaison, à laquelle ne manqueront ni les scènes de jalousie ni les déclarations torrides, s’éclaire grâce à la correspondance, longtemps inédite, que les amants échangèrent pendant plus de dix ans. « Nos corps, doux instruments de nos jouissances, n’auraient que des plaisirs communs sans cet amour divin qui les rend sublimes. » 


Ma présentation de l’ouvrage : 

Ce livre est divisé en trois parties : 
  • une introduction d’Évelyne et Maurice Lever, qui ont réalisé cette édition, dans laquelle ils résument le déroulement de la liaison entre Beaumarchais et sa dernière maîtresse, de façon à contextualiser les lettres échangées, 
  • 26 lettres de Pierre-Auguste Caron de Beaumarchais et Amélie Houret de La Morinaie entre 1787 et 1798, 
  • 7 lettres de Mme de Beaumarchais et Amélie Houret de La Morinaie.

Mon avis :

Jeux de séduction, amour-passion, tendresse, érotisme, jalousies, tromperies, séparations, retrouvailles, peur de perdre l’autre, etc. : tous ces éléments sont présents dans l’histoire de la liaison entre Beaumarchais et Amélie Houret de La Morinaie, retracée dans l’introduction, et surtout dans leur correspondance. Homme et femme du 18e siècle français, ils maîtrisent tous deux parfaitement les codes épistolaires et amoureux en vigueur, si connus aujourd’hui grâce aux romans sentimentaux et libertins : c’est donc avec surprise, peut-être, que le lecteur apprendra que toutes ces belles déclarations de Beaumarchais sont davantage le produit de l’esprit que du cœur et que la vertu d’Amélie est plus semblable à celle de la marquise de Merteuil qu’à celle de la présidente de Tourvel – de bon ton plutôt que réelle. Personnellement, qu’importe la réalité de leurs sentiments l’un pour l’autre, je me suis délectée de ce style typique de l'époque, galant et piquant, et de ces lettres qui m’ont rappelé les romans épistolaires tels que La Nouvelle Héloïse ou Les liaisons dangereuses. Chacun des trois points de vue, ceux de Beaumarchais, de sa maîtresse et de sa femme, permet de relativiser les propos précédents et d’avoir une vue contrastée de cette relation : Amélie Houret de La Morinaie, qui se présente comme une malheureuse vertueuse entraînée dans la passion amoureuse, apparaît bien différemment aux yeux de son amant à la fin de leur liaison, par exemple.

En conclusion, si vous aimez le 18e siècle français et aristocratique, les jeux de séduction et les déclarations d’amour enflammées, je ne peux que vous conseiller la lecture de cette correspondance particulièrement brillante. Elle est partielle dans cette édition (plusieurs lettres sont perdues), mais reste parfaitement compréhensible grâce à l’introduction d’Évelyne et Maurice Lever : ceux-ci y retracent un bref, mais complet, historique de cette liaison amoureuse, contextualisant ainsi dès le début les lettres qui se suffisent ensuite à elles-mêmes.


Un extrait qui m’a beaucoup plu :
[D’Amélie à Pierre]
L’amour est pour mon cœur un ange de vertu, de beauté, de lumière, de sentiment, de pureté ; il est pour vous un enfant malicieux, gai, libertin, léger. Corrigez votre enfant, et laissez-moi vivre digne de l’ange que j’adore.
[BEAUMARCHAIS, « Quand on a le bonheur d’aimer, tout le reste est vil sur la terre », Paris, Le Livre de poche, 2011, éd. d’Évelyne et Maurice Lever, p. 100.]

 
Un mot : bonheur
***
Dans la même collection :

3 commentaires:

  1. La langue du XVIII est tellement subtile et raffinée qu'en effet cette correspondance doit être très agréable à lire.

    RépondreSupprimer
  2. Voilà une lecture qui pourrait me plaire... j'ai replongé dans les classiques avec lady Susan de jane Austen et je continuerais bien sur cette lancée!

    RépondreSupprimer
  3. Vraiment, merci, car pour moi la découverte est totale ! Je ne connaissais pas du tout cette collection, elle me tente énormément !

    RépondreSupprimer

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.