Eroïca, Kosmas Politis


Présentation de l’éditeur :

Dans une ville sans nom, au bord de la mer, dans les années trente, un groupe d’adolescents. Ils sont Grecs, Italiens, ils sont comme nous avons tous été. L’histoire attachante et tragique d’Eroïca est celle de la découverte de l’amour et de la mort. Il y a Loïzos, le chef de la bande, Alekos, son ami, et Monica, la fille du consul d’Italie. On reconnaît Achille dans Loïzos et Hélène dans Monica. Autour de cette Hélène, les héros jeunes et beaux se battent et meurent… Ce roman est peut-être le plus musical de la littérature grecque contemporaine. Trois mélodies s’y entrelacent :
  • La romance naïve et poignante de l’enfance. 
  • L’étrange musique du passé de la « race » que les enfants rejouent… 
  • Et le contrepoint tour à tour ironique et tendre de l’âge mûr qui se souvient.
Eroïca ne se dévore pas, il s’écoute… Le jardin de Monica, nous l’avons déjà rencontré, peut-être dans un roman antique ou byzantin, ou bien quelque part du côté de Bourges, dans le Grand Meaulnes. Le livre achevé, la musique de Kosmas Politis ne nous quitte plus…


Mon avis :

En cette période de grisaille littéraire pour moi (cf. mes déceptions successives depuis début mars), ce roman a été comme un rayon de soleil qui a su percer l’épaisse couche de nuages sombres par sa poésie et sa beauté.

J’avais des attentes plus ou moins élevées avant de commencer ce livre, mais je ne pensais pas qu’elles seraient si bien remplies, au-delà même de mes espérances. La traduction rend merveilleusement bien compte du style musical de Kosmas Politis annoncé sur la quatrième de couverture : je me suis laissé bercer et ensorceler par cette mélodie douceâtre et amère tout au long de ma lecture. Cela est, d’après moi, en grande partie dû aux nombreuses descriptions qui émaillent le récit : justes, bien placées et rédigées dans un style impeccable. Elles créent véritablement l’ambiance du texte, tant par des images, des odeurs, des sons ou diverses métaphores, au point que le lecteur ne peut que se sentir entrer dans cet univers, voire faire partie de ce petit groupe d’amis.

Ces personnages sont des enfants, à l’aube de l’adolescence et de la découverte de la vie, dans toute sa beauté et sa cruauté. C’est cette période de transition que nous fait lire Kosmas Politis, avec la tendresse et l’ironie du souvenir. Cette dimension « passée » de la narration est d’ailleurs très bien exploitée : certains faits sont rendus un peu flous, remis en doute ou sont idéalisés, mettant ainsi en exergue les procédés romanesques classiques et amenant, mine de rien, une réflexion possible sur ceux-ci. Malgré tout, le propos principal reste les premières amours de ces jeunes garçons et filles – sujet qui n’est pas du tout abordé de façon mièvre, contrairement à ce qu’on pourrait craindre. Ce que j’ai particulièrement apprécié dans le traitement de ce thème, c’est que l’auteur n’a pas négligé Thanatos à côté d’Eros, à l’image des auteurs antiques ou de Shakespeare : les rivalités ne sont pas absentes, et la mort rôde autour de ces jeunes âmes qui la méconnaissent encore. Le tout est amené progressivement, bien que sur un espace temporel assez court, avec virtuosité.

En conclusion, je  vous conseille ce roman magnifique et émouvant sans jamais tomber dans le pathos ou même le sentimental, que je n’hésite pas à placer à côté des plus grandes histoires d’amour tragique.


Un extrait, parmi beaucoup d’autres, qui m’a plu :
Personne, bien sûr, ne renie le jardinet de sa maison avec son odeur de terre mouillée. C'est là qu'une quantité de mystères nous ont été révélés, la légende des dieux et celle des hommes, année après année, saison après saison, en une étroite collaboration. Chacun de nous porte en lui-même un petit jardin, et s'il en vient à le mépriser, cela veut dire que sa vie est vaine.
[POLITIS Kosmas, Eroïca, Paris, Ginkgo éditeur, 2012, trad. du grec par Henri Tonnet, p. 182.]


Cet article est également publié sur le blog Passion Bouquins.

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Un tout grand merci à Babelio et à Ginkgo éditeur

2 commentaires:

  1. Ah, justement, j'ai croisé ce livre à quelques reprises, sans trop savoir si je voulais le lire ou non... Mais avec cet article, tu m'as convaincue ! Merci de m'avoir fourni ma prochaine lecture ! :)

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  2. Je ne crois pas avoir déjà lu d'auteurs grecques contemporains! ça a l'air pas mal.

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