A mon seul désir, Yannick Haenel


Présentation de l’éditeur :

Je suis allé chaque jour au musée de Cluny voir les tapisseries de la Dame à la licorne. Au cœur de ces tapisseries, parmi les visages, les robes, les couleurs et les fleurs, il y a une phase mystérieuse : "A MON SEUL DÉSIR".
Ce livre est le récit de mes aventures avec cette phrase. C'est une expérience poétique. C'est aussi une extase : j'ai vécu plusieurs mois avec ces tapisseries, je me suis baigné dans leur océan de soie rouge, et ce rouge s'est mélangé à ma vie.
Si vous entrez dans cet espace que la Dame à la licorne ouvre en vous, vous irez de nuances en nuances : vous évoluerez dans une étrange jouissance ; une liberté nouvelle grandira dans vos gestes.
En dérivant dans Paris, vous croiserez alors des nymphes, une jeune femme nommée Soyeuse, un érotisme de chaque instant. Peut-être même aurez-vous la révélation de ce désir qui ne manque de rien.
Y.H.


Mon avis (février 2012) :

La collection « Entre-deux » d’Argol éditions propose des rencontres entre un auteur et une œuvre ou un artiste : dans cet essai-récit, c’est vers les tapisseries de la Dame à la licorne au musée de Cluny qu’Yannick Haenel s’est tourné. Au fil des pages et des illustrations*, se déroule son expérience en compagnie du mystère de cette Dame et sa répercussion sur sa vie intérieure. Au-delà de la lecture allégorique qui en est généralement faite et dont témoignent les titres (Le Goût, L’Ouïe, La Vue, L’Odorat, Le Toucher et À mon seul désir), il réinterprète cette œuvre sous le signe du désir et du plaisir. Ce que j’en ai avant tout retenu, une semaine après ma lecture, c’est ce rouge qui frappe le narrateur lui-même lorsqu’il voit ces tapisseries et la poésie avec laquelle il narre cette rencontre artistique. Je relirai certainement ce texte prochainement, pour revenir à cette beauté littéraire qui m’a éblouie, ainsi que d’autres textes de la même collection chez Argol, et espère pouvoir en dire plus sur cette œuvre à ce moment-là. En attendant, je ne peux que vous encourager à la découvrir par vous-mêmes.

* Le livre contient plusieurs photos (par Claude Gaspari et René-Gabriel Ojéda) des tapisseries de la Dame à la licorne : intégralement ou le plus souvent des détails. C’est un très bel ouvrage.



Mon avis lors de ma relecture (mai 2012) :

Une nouvelle lecture : un émerveillement, intact comme à la première découverte. J’avais peur d’être déçue ou moins charmée par ce livre, mais il n’en a rien été. L’inconvénient est qu’il me semble toujours aussi difficile d’en parler de façon juste après un tel éblouissement poétique ; je vais pourtant m’y efforcer, en essayant de ne pas trop me répéter par rapport à mon premier avis, afin de vous donner – peut-être – envie de le lire vous aussi.

Ce que j’apprécie particulièrement dans ce texte, c’est l’écriture d’Yannick Haenel. Il tente de «  [t]rouver les phrases qui réveilleront la puissance poétique des tapisseries de la Dame à la licorne. » (p. 12) et y parvient parfaitement selon moi. Lorsque j’avais vu une reproduction de cette œuvre à la fin du livre, j’y étais restée assez insensible : sous les mots de cet auteur par contre, elle prend vie, rougit et me touche profondément. Grâce à cette analyse, j’ai perçu toute la richesse, la beauté et la charge érotique de ces tapisseries. Cela mène le narrateur à une réflexion sur l’art en général, la poésie plus particulièrement, et le désir qui l’anime, la sous-tend.

Yannick Haenel ne fait pas ce parcours initiatique seul, mais y invite son lecteur par l’usage de la seconde personne du singulier : cela a tendance à me déranger habituellement (je n’aime pas me sentir forcée à entrer dans un texte), mais j’ai eu cette fois la sensation d’être « étrangement invité[e] » (p. 15) et prise par la main avec douceur. Les réflexions sont amenées progressivement, en suivant le cheminement de pensée du narrateur, ce qui permet de construire ce savoir avec lui et de mieux l’assimiler.

 À nouveau, les mots me manquent pour parler de ce magnifique texte et transmettre mon émerveillement. Je ne peux donc que vous inviter à mon tour à vous laisser emmener par Yannick Haenel au musée de Cluny, dans la salle des tapisseries de La Dame à la licorne.


Un passage, parmi tous les autres que j’aurais pu choisir :
Vous pensez au mot « délicatesse », au mot « secret », à nouveau au mot « poésie ».
Vous vous dites qu'un secret poétique s'offre à vous en se dérobant. Il se met à l'abri, et vous surprenez ça : l'instant calme d'un monde qui se réserve. Vous vous sentez non pas exclu, mais au contraire étrangement invité.
[HAENEL Yannick, à mon seul désir, Paris, Argol, 2005, p. 15.]

7 commentaires:

  1. J'aime bien le nom de "Dame" : comme si c'était une quête.

    Ton avis donne envie d'en savoir plus, merci ! :)

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  2. Pour des raisons évidentes, mais je le dis quand même : j'aime beaucoup l'extrait :p

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  3. J'essaierai de jeter un œil à cette collection, la liaison œuvre d'art / littérature m'attire toujours.

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  4. Je note ce titre tout de suite, j'aime beaucoup la démarche ! Et si en plus c'est bien écrit...

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  5. Ce ne doit pas être un hasard d'avoir retenu (avant tout ?) ce rouge "qui frappe le narrateur lui-même lorsqu’il voit ces tapisseries et la poésie avec laquelle il narre cette rencontre artistique", comme vous dites. Car pour Yannick Haenel, dans son livre plus récent (le dernier), "Le sens du calme", le rouge devient une obsession, son fil... rouge !
    A découvrir aussi (peut-être).
    A mon tour, j'avais repris un peu avant de tomber sur votre "mot" ici la lecture de ce "A mon seul désir" - que j'avais lu au moment de sa parution, et maintenant je le relis en guettant AUSSI le rouge (grâce à vous et grâce à l'autre livre de lui).

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  6. Je viens de découvrir ton blog (en passant chez l'Irregulière) Je pense que je vais y revenir souvent tant je le trouve attrayant. A bientôt.

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    1. Merci beaucoup pour ton passage et le compliment : ça me fait vraiment plaisir ! A bientôt. :)

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