15/01/12

Tous les matins du monde, Pascal Quignard


Présentation de l’éditeur :

« Il poussa la porte qui donnait sur la balustrade et le jardin de derrière et il vit soudain l’ombre de sa femme morte qui se tenait à ses côtés. Ils marchèrent sur la pelouse.
Il se prit de nouveau à pleurer doucement. Ils allèrent jusqu’à la barque. L’ombre de Madame de Sainte Colombe monta dans la barque blanche tandis qu’il en retenait le bord et la maintenait près de la rive. Elle avait retroussé sa robe pour poser le pied sur le plancher humide de la barque. Il se redressa. Les larmes glissaient sur ses joues. Il murmura :
– Je ne sais comment dire : Douze ans ont passé mais les draps de notre lit ne sont pas encore froids. »


Mon avis :

Décevant. Tout d’abord (et surtout) le style m’a semblé particulièrement mauvais : beaucoup de répétitions injustifiées selon moi, des phrases trop simplistes (sujet + verbe + complément essentiel ; je ne demande pas forcément des immenses phrases à la Proust, mais un peu plus de recherche dans la formulation ne fait pas de tort non plus) et une certaine pauvreté lexicale de manière générale. Sans doute aurais-je dû être plus attentive à la quatrième de couverture, dont l’extrait choisi est assez significatif de l’ensemble du point de vue stylistique.

Ensuite, j’aurais, peut-être, pu passer au-delà de cet obstacle du style si l’intrigue avait su me passionner et me plaire, mais ce ne fut pas le cas : je m’attendais à une histoire d’amour telle que Véra de Villiers de l’Isle-Adam et me suis trouvée face à un récit beaucoup plus terre-à-terre. L’auteur s’attarde sur une série d’éléments de la vie quotidienne de ce veuf et de ses deux filles, mais ceux-ci sont mal introduits et m’apparaissent comme superflus. De plus, le récit en lui-même est assez banal, sans surprise : chaque évènement est prévisible dès le début.

Des notes et des mots : néanmoins, il y a un petit détail que j’ai apprécié dans ce roman : la conception de la musique qui y est présentée, à travers le personnage de Monsieur de Sainte-Colombe. Celui-ci est un musicien virtuose, reconnu mais préférant la solitude à la gloire, vivant reclus avec ses filles. C’est grâce à son art qu’il parvient à faire revenir sa femme du monde des morts, à l’attirer vers lui quelques instants : la musique est dans ce livre l’expression de la souffrance, celle que ne peuvent exprimer les mots, celle de la perte de l’être aimé et jamais oublié.


Un passage qui illustre la conception musicale du personnage principal :
- Pourquoi ne publiez-vous pas les airs que vous jouez ?
- Oh ! mes enfants, je ne compose pas ! Je n’ai jamais rien écrit. Ce sont des offrandes d’eau, des lentilles d’eau, de l’armoise, des petites chenilles vivantes que j’invente parfois en me souvenant d’un nom et des plaisirs.
- Mais où est la musique dans vos lentilles et vos chenilles ?
- Quand je tire mon archet, c’est un petit morceau de mon cœur vivant que je déchire. Ce que je fais, ce n’est que la discipline d’une vie où aucun jour n’est férié. J’accomplis mon destin. »
[QUIGNARD Pascal, Tous les matins du monde, Paris, Gallimard, 1993, coll. Folio, p. 75.]

Un mot : matin
***
Ça, c'est de l'intertextualité !  
[Ou "Un passage du Petit éloge du sensible d'Elisabeth Barillé qui fait référence à Tous les matins du monde"]
Ce rêve [celui d'une hutte dans les bois avec une table de bois blanc], M. de Sainte-Colombe l'avait matérialisé au fond de son jardin, les murs étaient en bois de mûrier, l'arbre des vers à soie. C'est là qu'il s'enfermait pour jouer de la viole, c'est aussi là que Marin Marais, son ancien élève, l'avait surpris, absorbé dans la musique comme un moine zen en satori.
[BARILLE Elisabeth, Petit éloge du sensible, Paris, Gallimard, 2008, coll. Folio, p. 51.] 

2 Vous dites...:

  1. Un livre dont j'avais largement préféré l’interprétation cinématographique. Le live hélas ne m'avais pas émue, les mots n'avaient pas de mélodie.

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  2. coucou, comme toi, je suis passé"e à côté (lu pour Calypso) mais je trouve une certaine musicalité aux phrases. certes, elles sont courtes, mais elles reflètent bien la manière d'écrire prisée à l'époque. par contre, comme toi, je trouve l'hsitoire bien plate...bon dimanche

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