Le violon noir, Maxence Fermine

La présentation de l’éditeur :

Blessé lors de la campagne d’Italie, le talentueux violoniste Johannes Karelsky trouve refuge à Venise, dans l’atelier de l’étrange Erasmus, luthier féru d’échecs. Une intense complicité, faite de silence et de musique, se noue entre les deux hommes. Au point qu’Erasmus souhaite partager son secret : un violon noir qui reproduirait le son envoûtant d’une voix de femme…


Mon avis :

Après la poésie, c’est le thème de la musique que Maxence Fermine exploite dans son second roman, ce magnifique Violon noir. Il le fait à travers la rencontre d’un grand violoniste, Johannes Karelsky, et du meilleur luthier d’Italie, Erasmus. Tous deux sont unis par l’amour de la musique, mais également par une certaine capacité au rêve. De plus, le même songe d’une femme les hante, nuit après nuit. Par petites touches narratives, que j’aimerais parfois voir plus étoffées, l’auteur égrène les notes de l’histoire de ces deux personnages jusqu’à la mélodie finale, mortelle et presque discordante *.

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé la poésie de l’écriture de Maxence Fermine, que j’avais tant appréciée dans Neige. J’ai d’ailleurs souvent repensé à ce texte grâce à plusieurs éléments communs aux deux romans, comme la révélation artistique (la scène est particulièrement belle et émouvante dans Le violon noir : l’auteur s’y est davantage attardé, ce qui m’a permis de me laisser envahir par cette émotion musicale et  par cette complicité entre les deux musiciens), la rencontre avec une femme exceptionnelle, puis avec un être mystérieux et énigmatique, la confrontation entre le rêve et la réalité (un des motifs principaux de ce roman, traité avec talent, à défaut d’originalité), l’amour, la perte, le poids du passé, notamment. Cette similitude structurelle entre les deux romans, contrairement à ce que je pouvais craindre, ne m’a pas déplu du tout, car, malgré ces rapprochements, l’auteur a su démarquer Le violon noir de son premier roman par le dénouement et les idées véhiculées, par exemple.

Une superbe fable musicale que je vous conseille de découvrir, que vous ayez lu Neige ou non.

* Lorsque j’utilise le terme « discordant » ici, c’est du point de vue des personnages et de leurs actions, non du point de vue de la qualité du texte qui est tout à fait réussi, du début à la fin.

 

Un extrait à propos du violon noir :
- Et c’est intéressant de jouer de ce violon noir ? demanda Johannes le troisième jour.
Erasmus leva les yeux et pâlit légèrement.
- Celui-là, je vous déconseille même d’en effleurer une seule corde.
- Pourquoi ? Est-il si médiocre qu’il ne mérite pas qu’on en joue ?
- Bien au contraire ! C’est l’instrument le plus merveilleux que je connaisse. Un seul souffle suffit à le faire vibrer. Mais la musique qui en sort est si étrange qu’elle peut changer la vie de celui qui en joue. C’est comme le bonheur. Quand on l’a connu une fois, il vous marque au fer rouge. Jouer du violon noir, c’est la même chose.
- Vous en avez joué ?
- Une seule fois. Il y a très longtemps. Depuis, je n’y ai plus jamais touché. C’est comme l’amour. Quand on l’a vécu une fois – je veux parler de l’amour vrai, du grand amour –, il faut tout faire pour l’oublier. Il n’est rien de pire que d’avoir été heureux une fois dans  sa vie. Après, tout le reste, même une chose insignifiante, devient un grand malheur.
[FERMINE Maxence, Le violon noir, Paris, éd. Points, 2002, pp. 51-52]

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Cet article est également publié sur le blog Passion Bouquins.
 
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1 commentaire:

  1. Voilà qui me fait envie ! Je dois d'abord lire Neige, uand même, pour me faire une idée.

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