La lettre et la plume - « Je jure au marquis de Sade, mon amant, de n’être jamais qu’à lui… »

La lettre et la plume

Présentation de l’éditeur : LA LETTRE ET LA PLUME, une collection qui marie littérature et histoire au travers d’écrits intimes (mémoires, correspondances, journaux, chroniques…) d’une grande qualité littéraire.

Ma découverte : j’ai découvert cette nouvelle collection du Livre de poche dès ses débuts en septembre 2010 avec la première parution, «Je meurs d’amour pour toi…» qui reprend une partie de la correspondance d’Isabelle Bourbon-Parme et de sa belle-sœur l’archiduchesse Marie-Christine entre 1760 et 1763. Séduite, j’ai ensuite acheté tous les ouvrages suivants, au fur et à mesure de leur publication, sans avoir forcément le temps de les lire. J’ai décidé d’y remédier cette année en commençant par une relecture de la correspondance du marquis de Sade, que j’avais déjà lue dans l’édition originale (Fayard). 



« Je jure au marquis de Sade, mon amant, 
de n'être jamais qu'à lui... »
correspondance présentée et éditée par Maurice Lever


Présentation de l’éditeur :

Cet ouvrage met en lumière l’un des aspects les plus scandaleux et les plus mystérieux de la vie du marquis de Sade : sa liaison avec sa jeune belle-sœur, Anne-Prospère de Launay, âgée de dix-sept ans et chanoinesse bénédictine.
Après de longues recherches, Maurice Lever a découvert, enfouies dans les archives familiales, les lettres échangées entre les deux amants. Liaison scandaleuse, orageuse, où se jouent les aspirations du marquis à la rédemption par l’amour. Espoir brisé par sa propre infidélité, que la jeune femme ne pourra pardonner et qui entraînera la rupture définitive. On trouvera également ici six lettres du marquis à sa femme.


Ma présentation de l’ouvrage :
 

Ce livre est divisé en six parties : 
  • une introduction de Maurice Lever, qui a réalisé cette édition, dans laquelle il relate ses recherches et le parcours des documents qu’il a retrouvé, 
  • la correspondance du marquis de Sade lors de sa liaison avec sa belle-sœur, Anne-Prospère de Launay : quatre lettres de celle-ci à son amant, une lettre du marquis à celle-ci et une à son valet, et une lettre de la femme de Sade à sa sœur,
  • six lettres inédites du marquis de Sade à sa femme pendant sa captivité,
  • deux lettres de Lavin, un compagnon de cellule, au marquis, décodées par celui-ci,
  • des extraits du « Portefeuille » du marquis de Sade,
  • et une généalogie simplifiée de la famille Sade-Lesquen.
Tous ces documents retrouvés et édités par Maurice Lever sont inédits.


Mon avis :

Passionnée par la littérature libertine et par certains écrits du marquis de Sade, cette lecture a été pour moi particulièrement intéressante et révélatrice de la personnalité de cet auteur. À travers ces lettres inédites, très bien introduites et contextualisées par Maurice Lever, j’ai pu suivre l’évolution du caractère du divin marquis : il n’a pas toujours été celui que l’on connaît par ses textes les plus sulfureux. Au contraire, on le devine d’abord très épris de sa belle-sœur, au point de tenter de se suicider après leur séparation. Ce n’est qu’au fur et à mesure de ses détentions que sa jalousie, dont souffrira sa femme, sa paranoïa, sa haine et son penchant au vice se développeront : supportant mal l’enfermement, lui qui aime tant la liberté et à qui on « rend le chemin de la vertu si difficile, [à qui] on ne [l’]offre qu’avec des épines » [p. 85] se voit contraint de suivre le chemin du vice et de transgresser toujours davantage les barrières qu’on dresse face à lui. Son ami Lavin en sera horrifié et tentera de le sortir de cette philosophie matérialiste et destructrice, dont témoignent ses cahiers, mais trop tard apparemment… Ce fut donc pour moi une lecture éclairante et l’occasion de retrouver le style du marquis, que je préfère de loin à celui de sa belle-sœur, à travers quelques lettres.

Bien que les notes très complètes de Maurice Lever rendent cette correspondance accessible à tous, je ne pense pas qu’elle intéressera l’ensemble des lecteurs. Les documents sont finalement assez peu nombreux et ne satisferont pas vraiment ceux qui cherchent à découvrir le marquis à travers ses lettres : seules huit sont de lui, les autres s’adressant à lui. L’intérêt principal de ces textes réside selon moi dans leur statut d’inédit : pour cette raison, ce livre me semble plus à même d’intéresser les lecteurs déjà familiarisés avec cet auteur et désireux d’affermir leur connaissance de celui-ci.


Note : l’introduction de Maurice Lever peut être lue sur le site du Livre de poche.

***

8 commentaires:

  1. Merci pour cette découverte. :)

    Tu donnes envie d'en savoir plus sur les côtés intimes de Sade et à la lecture de ta critique, on sent que tu as bien aimé. Peut-être pourrais-tu prendre une citation de cette correspondance en liminaire de ton mémoire ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je suis contente de te donner envie d'en savoir plus sur le divin Marquis. Je vais commencer par avancer dans ma recherche pour mon mémoire, puis j'aviserai. ;) Merci pour ton commentaire.

      Supprimer
  2. Je suis ravie de découvrir ton blog! De nombreuses lectures vont m'intéresser, à commencer par celle-ci. J'ai adoré, plus jeune, lire le divin Marquis. Jusqu'à ce que je lise les 100 jours... et là patatra! Tout s'est écroulé, j'ai trouvé le style terrible. Mais il reste un place dans mon coeur pour Sade... ;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci beaucoup! Je suis ravie d'apprendre qu'il y a d'autres admiratrices du divin Marquis sur la blogosphère. Je recule toujours la lecture des 100 jours : par peur de cette déception sans doute. En attendant, je savoure ses autres textes, tout en en étudiant un pour mon mémoire (je vais donc encore le côtoyer un petit moment et compte écrire un article qui lui sera consacré cet été)

      Supprimer
  3. Bonjour !
    J'ai voulu choisir ce livre pour le swap Eros et Thanatos de Canel, mais ma libraire m'a dit ce que tu as écrit à la fin : "Il y a peu de lettres, on ne découvre pas vraiment le marquis et sa littérature par ce livre." J'ai donc renoncé ne connaissant l'auteur que de réputation et n'ayant jamais rien lu. Ma swappée non plus. Peut-être dans quelques temps...
    Bien contente de découvrir ton blog grâce à Anne et ton passage chez moi !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour!
      Dans la même collection du Livre de poche, je conseillerais plutôt la correspondance de Beaumarchais et Amélie Houret de La Morinaie ("Quand on a le bonheur d'aimer, tout le reste est vil sur la terre") : c'est la même époque, beaucoup de passion, un style d'écriture magnifique, et un nombre plus important de lettres, suffisamment pour suivre l'évolution de leur relation grâce à l'introduction. La couverture est dans les tons de rose (pour le swap). Il y a aussi "J'ai tellement envie de vous", que je n'ai pas encore lu, mais qui est plus épais et reprend plusieurs amours du roi Henri IV (4e de couverture rouge bordeaux), et "Je meurs d'amour pour toi...", que j'avais bien aimé, qui présente plusieurs lettres d'Isabelle de Bourbon-Parme à l'archiduchesse Marie-Christine.
      Merci beaucoup d'être passée ! J'ai été contente de découvrir moi aussi ton blog grâce à Anne.

      Supprimer
  4. De fil en aiguille, grâce aux liens qui sont à la fin d etes articles, je retombe sur ce billet... que de lectures subversives! j'adooooore... ;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. N'est-ce pas ? :D Derrière mon sage petit minois, je ne le suis pas tant que cela et aime beaucoup toutes ces lectures subversives ou "de second rayon" ^^

      Supprimer