La double vie d'Anna Song, Minh Tran Huy

La présentation de l’éditeur :

Pianiste prodige et recluse, Anna Song voit sa renommée redoubler après sa mort grâce à des enregistrements inédits que Paul, son mari, livre au public. Encensée par les critiques du monde entier, la musicienne est vouée aux gémonies lorsque des doutes surgissent : elle n’est peut-être pas le véritable auteur de ces interprétations. Seul Paul détient la clef de l’affaire : imposture désespérée, escroquerie géniale ou déclaration d’un homme à son unique amour ?

Inspiré d’une histoire vraie, un roman sur la quête des origines, l’engrenage médiatique et la passion absolue.


Mon avis :

Comme le titre l’indique, ce roman relate la double vie d’Anna Song, ou plutôt sa seconde vie, après sa mort. Ce qui m’a très tôt frappée, c’est qu’on n’entend jamais la voix de cette musicienne dans le livre : les articles de journaux se succèdent, élogieux puis accusateurs, en alternance avec le récit de Paul Desroches, son mari. Cela a pour effet de rendre le personnage principal insaisissable et mystérieux. Au fur et à mesure des révélations médiatiques, on ne sait plus que penser : d’un côté, l’artiste est présentée comme géniale, puis comme une vulgaire plagiaire, et de l’autre, comme un être d’exception, durement frappé par le destin. Par petites touches, révélation après révélation, comme lorsqu’on ouvre une poupée russe (la métaphore est d’ailleurs très justement utilisée dans le livre), Minh Tran Huy construit un récit bien plus complexe qu’on ne pourrait le penser au premier abord, démontant patiemment l’imposture initiale, jouant du vrai et du faux avec habilité. Personnellement, ce n’est qu’une fois lu le dernier mot et refermé le livre que j’ai pu reconstituer le puzzle que constitue ce texte dans son intégralité, découvrant l’ampleur de l’escroquerie et, surtout, le talent de l’auteure à bâtir son récit. En effet, si les coupures de presse m’ont semblé répétitives vers le milieu du récit, chacune apporte un nouvel élément qui peut sembler inutile, mais qui prend tout son sens une fois l’ensemble des tenants et aboutissants connu.

Enfin, au-delà de cette construction magistralement menée, j’ai également été séduite par la narration de Paul Desroches, dont l’amour est encore plus beau et touchant que je ne l’imaginais au début. Il fait commencer l’histoire à sa rencontre avec Anna lorsqu’ils étaient encore enfants, placée sous le signe de la Pavane pour une infante défunte de Maurice Ravel (voir la vidéo ci-dessous), magnifique pièce pour piano qui reviendra souvent dans le texte. Commence alors pour eux une période de bonheur et d’innocence, de musique et de souvenirs. À la lumière de la fin du roman, ce récit m’apparaît comme d’autant plus émouvant.

En conclusion, une réflexion sur le faux et la littérature extrêmement bien construite et servie par une très belle écriture poétique. Mon premier coup de cœur de l’année. 

 
ABC au féminin : comme dit ci-dessus, si la voix d'Anna Song ne retentit jamais par elle-même dans le récit, elle est pourtant au cœur de tous les discours, ceux des journalistes comme celui de son mari qui ne semble vivre qu'à travers elle ou son souvenir. Minh Tran Huy livre dans ce roman une vie de femme vue et idéalisée, puis déconstruite et recomposée, par des regards masculins.

Un extrait musical : la Pavane pour une infante défunte de Maurice Ravel.


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Cet article est également publié sur le blog Passion Bouquins.
 
 

5 commentaires:

  1. Encore un titre intéressant, tant mieux pour le coup de coeur !

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  2. J'aime bien quand tu me donnes envie de lire :3

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  3. Ca donne envie de le découvrir. J'adore les romans "puzzle"

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    1. Je pense qu'il te plairait, je te le conseille vivement. ;)

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