Manuscrit - Orescent : Le sang des traîtres [tome 1], Marine Sivan


Comme certains le savent déjà, je ne suis pas seulement une lectrice passionnée, mais aussi une correctrice (amatrice actuellement, bien qu’il ne me déplairait pas d’en faire mon métier, au moins en partie). Cela me permet de découvrir des textes inédits et non publiés, notamment des romans de jeunes écrivains encore inconnus. Ces derniers mois, j’ai corrigé le tapuscrit du tome 1 d’Orescent, un diptyque de Marine Sivan, qui m’a plongée dans un univers medieval-fantasy fascinant.


Orescent – tome 1
Le sang des traîtres

Présentation de l’auteure :

Le passé ne sommeille pas toujours et agit parfois aux dépens de tous.

Des liens existent entre Ondorion et Kanaän, des mondes qui diffèrent en tous points. La mort devient alors une simple porte vers un ailleurs, une chance ou une damnation pour ceux qui renaissent loin de leur territoire familier.

Quand un Ondorois entame une nouvelle vie sur Kanaän, il traîne derrière lui un héritage sanglant et venimeux, qui risque de ranimer de vieilles rancœurs et rouvrir des blessures que bien des hommes souhaitent oublier. Dans ce jeu de domino qui s’amorce, deux royaumes devront affronter leurs responsabilités et les conséquences de leurs actions passées ; deux monarchies pour deux dynasties entraînées dans la tourmente implacable des évènements.


Mon avis :

Comme dit ci-dessus, ce premier tome d’Orescent se déroule dans un univers medieval-fantasy, assez proche de l’image qu’on se fait de l’Orient, entièrement créé par Marine Sivan. Les références à notre propre monde sont largement présentes, à travers les régimes politiques (monarchie – avec la particularité d’être bicéphale pour l’une d’elles – et démocratie), les structures sociales hiérarchisées, le faste et la splendeur orientale notamment, mais interviennent également des facettes plus fantastiques, comme les particularités physiques qui ont contribué à la construction de la mythologie entourant la dynastie Rhevanna. J’ai donc été transportée dans un milieu original, à la fois dépaysant et familier, et très bien construit : chaque détail est soigneusement pensé par rapport aux autres pour constituer l’architecture générale de ce roman, imposante et discrète (dans le sens où ce travail de construction n’est pas visible et seul l’ensemble apparaît, impressionnant et fascinant)

Une fois le livre ouvert et l’entrée dans ce monde faite, une série de personnages se détachent alors de cette toile de fond. Chacun d’eux apparaît progressivement, se dévoilant au fur et à mesure du récit, jamais d’un seul bloc : on en apprend donc toujours un peu plus, ce qui attise la curiosité et suscite certaines surprises – bonnes ou mauvaises selon la première opinion que l’on s’était faite de ces personnages. Complexes, ils ne se laissent pas enfermer dans un type ou dans une première impression, mais sont toujours susceptibles de révéler une face insoupçonnée de leur visage. C’est justement cette complexité, cette force et cette faiblesse mêlées, qui les rend si attachants (ou agaçants, parfois) et humains : qu’importe le sentiment qu’ils ont provoqué en moi, ils ne m’ont pas laissé indifférente et, de fil en aiguille, m’ont poussée à vouloir lire la suite de leurs (més)aventures. À l’issue de celles-ci, il est, d’après moi, impossible de déterminer qui est le héros de ce roman, ou au moins le protagoniste principal. Aucun d’eux n’est « parfait » et totalement « pur », donc à même d’incarner une figure héroïque traditionnelle ; tous recèlent une part sombre, qui permet l’identification et l’empathie. De plus, si tous n’ont pas la même importance dans le récit, il demeure difficile de donner une prépondérance à l’un sur un autre. Leurs vies et leurs actions s’enchevêtrent et s’imbriquent, au point de former un tableau grandiose où le spectateur peut s’émerveiller face à certains détails, mais ne peut comprendre que grâce à une vue globale.

Cette fresque historico-fantastique est soutenue par une intrigue riche et passionnante : complots, secrets, politique, amour, guerre, passé trouble qui remonte à la surface, etc. en sont les ingrédients principaux. De la première à la dernière page, j’ai été tenue en haleine, tremblant pour mes personnages préférés ou attendant fiévreusement l’issue d’une bataille ou d’un piège. La recette n’est pas neuve, mais Marine Sivan l’exploite à merveille, jouant habilement du suspense, pour mon plus grand plaisir de lectrice, le tout dans un style remarquable. C’est le dernier, mais non le moindre, élément sur lequel je souhaitais m’attarder dans cet article : l’écriture est ciselée et le langage très soutenu ; bref, un véritable délice pour tout amoureux de la langue française ou pour tout lecteur adepte des styles travaillés tels des joyaux. Cette qualité n’empêche absolument pas la fluidité : à moins d’être arrêté par certains termes que l’on connaît moins bien/pas, le roman se lit d’une traite et très facilement. Grâce à un système de notes de bas de page pour les mots inventés dans le cadre de la construction de ce monde, ce livre pourrait être accessible à un large public, des jeunes adultes aux plus âgés.

En conclusion, un roman passionnant que j’ai eu beaucoup de plaisir à corriger et dont j’attends le second tome avec énormément d’impatience !


Note : des extraits, ainsi que diverses informations sur l’intrigue et les personnages, sont disponibles sur le site et le blog du roman.

*
Marine Sivan

Marine Sivan, l’auteure d’Orescent, est passionnée de fantasy et actuellement étudiante en master d’histoire. Elle a très gentiment accepté de répondre à mes questions : tout d’abord sur son roman, puis sur ses lectures récentes. 
Son roman
Tout d’abord, le titre : pourquoi Orescent ? Cela a-t-il une importance particulière dans le roman ? L’avais-tu en tête dès le début de l’écriture ou est-il venu plus tard ? 
Le titre a en effet une importance particulière dans le roman : « orescent » est un jeu de mots, traduisible par « or et sang ». Pour vous expliquer ce jeu de mots, disons que le roman se concentre sur trois dynasties, dont une se trouve au croisement de toutes les intrigues : la dynastie Rhevanna. Ces couleurs symbolisent les branches royales de cette dynastie – pour une raison simple et emblématique, développée dans le récit. Mais elles renvoient aussi aux teintes par excellence de leur royaume : elles sont visibles au quotidien, sur les drapeaux ou symboles officiels du pouvoir, et surtout tout autour de la capitale, avec « l’or » du désert et le « sang » des bâtisses en pisé rouge.
Ce titre est venu assez naturellement et très vite. Aussi loin que je me souvienne, le projet a toujours été nommé ainsi. Dès le départ, je me suis penchée sur la dynastie Rhevanna et ses figures dirigeantes – les « Princes », qui sont des personnages principaux. Ainsi, mes premières recherches portaient sur leurs particularités, symboles et emblèmes, etc. Le titre du diptyque s’est donc imposé dès le début.
Comment t’est venue l’idée d’écrire un roman et depuis combien de temps y travailles-tu ? 
Alors, je travaille sur Orescent depuis environ six-sept ans, en prenant en compte la première phase de réflexion et de construction. Ce roman fut également mon premier « véritable » projet. Auparavant, je n’écrivais presque pas. Certains auteurs se découvrent très jeunes une passion pour l’écriture, malheureusement ce ne fut pas mon cas. Par contre, je lisais déjà beaucoup et, de fil en aiguille, en me plongeant toujours plus dans des univers prenants, qui m’offraient d’agréables moments d’évasion, je me suis dit : « pourquoi ne pas essayer ? » La lecture m’a vraiment conduit vers l’écriture et quasiment aussitôt vers Orescent, mon premier roman et aussi mon premier cobaye, quand je me cherchais en terme de style, par exemple. 
Pourquoi avoir choisi un univers medieval-fantasy (plutôt qu’un univers réaliste contemporain ou historique, par exemple) ? Quelles libertés et/ou contraintes d’écriture cela t’apporte-t-il par rapport à d’autres genres ? 
En réalité pour une raison assez simple : je souhaitais créer mon propre univers. Notre monde est bien sûr un vivier de cultures extraordinaire, qui regorge de richesses. Toutefois, il y a quelque chose de très plaisant à tenter de construire ses propres structures – politiques, sociales, etc – et à laisser libre cours à son imagination. On reste toujours influencé par notre histoire, mais on peut ajouter sa touche personnelle et vraiment explorer de nouvelles pistes, introduire des dynasties et des populations dont les coutumes ou les traditions prendront vie et bâtiront, au final, un monde alternatif. Cette liberté et cette absence, en quelque sorte, de barrières sont très stimulantes en Fantasy. Elles n’empêchent pas de faire preuve de rigueur dans la conception des sociétés, mais permettent de verser beaucoup de soi dans un ouvrage.
Je pense que les contraintes sont proportionnelles au degré de liberté procuré par la Fantasy : s’il y a ce sentiment grisant et stimulant relatif à la création, il faut néanmoins savoir se brider et surtout rester cohérent. Il faut que ce monde « inventé » puisse paraître réel pour le lecteur, que ses lois, ses codes, ses contours ne semblent pas flous ou mal construits, mais aient bien une consistance et une cohérence propres. Et ça demande beaucoup de travail en amont : il faut se poser les bonnes questions et tout prévoir, en fait. En politique, par exemple, j’ai voulu créer une dynastie ayant un fonctionnement original, du moins je l’espère ; mais ça induit de penser aux limites du pouvoir royal, à ses manifestations, ses acteurs, ses modes de représentation, ses méthodes pour se légitimer auprès du peuple, son rayonnement au-delà du territoire et ses relations avec les autres puissances que compte le monde, etc.
Enfin, mon choix de créer un univers plutôt « médiéval » tient à mon goût pour cette période historique. Je la trouve passionnante et même foisonnante : elle permet, de mon point de vue, un surcroît de liberté. 
As-tu été marquée par certaines lectures et, si oui, quelle influence ont-elles eu sur ton roman (sur le fond, la forme, ton écriture ou ton approche de celle-ci en général) ? 
Oui, bien sûr, de nombreuses lectures et auteurs me laissent un souvenir très fort ; par exemple, je pourrais citer Brandon Sanderson, Robin Hobb, Jean-Louis Fetjaine, Terry Pratchett, Robert Holdstock, G.R.R Martin, Xavier Mauméjean, Greg Keyes, Jean-Philippe Jaworski, Charlotte Bousquet, J.R.R Tolkien bien sûr, Jack Vance... Ou encore Brent Weeks, Scott Lynch, Patrick Rothfuss  et C. S. Friedman que j’ai découvert assez récemment. Tous ces auteurs sont animés par une passion, une envie de partager, de créer des univers riches et prenants ; du coup, ils transmettent un peu le virus avec leurs écrits et, sans forcément avoir eu une influence directe sur mon récit ou ma façon d’écrire, ils m’ont fait voyager. La première étape – et la plus essentielle ! – dans un roman de Fantasy ! Certains de ces auteurs ont vraiment influé sur mon désir de me lancer en écriture et de créer mon propre projet.
Quels sont tes projets pour la suite ? 
Alors, maintenant que les corrections de mon premier tome sont achevées, je me mets en quête d’un éditeur. Cette recherche occupera une part importante de mon temps dans les prochains mois, et j’espère bien sûr qu’elle sera fructueuse ! En parallèle, je continuerai le second tome, dont toute la phase « préparatoire » est déjà achevée : je sais vers quoi je me dirige, ce qui permet une écriture plus sereine. Ce sera là aussi un travail de longue haleine, car je compte jouer encore plus sur le principe du « roman choral », avec plusieurs intérêts et intrigues qui se croisent et se recoupent de bien des façons.
En dehors d’Orescent, j’ai un autre projet qui fermente dans ma tête et sur lequel je me pencherai après avoir terminé mon diptyque. Sinon, je risque fortement de me disperser ! En tout cas, cet autre roman sera selon toutes vraisemblances un one-shot, avec cette fois des enjeux et une échelle assez intimistes. Le héros sera un écrivain public, dans une société qui oscille encore entre une tradition orale prépondérante et une intrusion de l’écrit mal acceptée.

Ses lectures
Quel genre de livres aimes-tu en général ? 
Je lis principalement des ouvrages de Fantasy : ce genre est foisonnant, très riche, avec de multiples sous-genres qui nourrissent l’imaginaire. Ainsi, on peut découvrir des romans presque « historiques », avec des uchronies particulièrement documentées – par exemple, Greg Keyes et son Âge de la déraison –, ou des récits prenant place dans des univers alternatifs – ainsi, dans le cycle de Kushiel, de Jacqueline Carey, on découvre une Europe revisitée. Peu importent nos goûts, en soi, on trouve quasiment toujours son bonheur en Fantasy : si on souhaite une dose de romance, une touche épique, un soupçon de dépaysement ou même une intrigue policière pimentée, il y aura toujours un roman taillé selon nos envies. Ce genre offre des possibilités et des plaisirs de lecture assez incroyables. Ponctuellement, il m’arrive aussi de lire des thrillers ou des ouvrages de Science-fiction – notamment les grands classiques –, mais ça reste anecdotique.
Pour ce qui est de mes goûts plus en détails, j’ai un fort penchant pour les récits de Fantasy assez réalistes, où une place importante est laissée au monde et à ses particularités. J’adore découvrir de nouvelles cultures et voir comment les auteurs diffusent du rêve et font voyager dans leurs ouvrages. J’aime aussi beaucoup la politique et les intrigues qui tournent autour de ses enjeux ; et, enfin, j’aime la guerre. Hormis ces thématiques, j’apprécie surtout les livres capables de me faire « ressentir » quelque chose et de me marquer durablement.
Quel livre as-tu lu récemment et qu’en as-tu pensé ? 
J’ai achevé dernièrement le second tome de la trilogie d’Imriel, de Jacqueline Carey. Comme toujours avec cette auteure, ce fut un bon moment de lecture, avec un style maîtrisé, des protagonistes bien souvent intéressants et un sens du dépaysement qui a fait le succès de la série. Je le mentionnais dans la précédente question, Jacqueline Carey a situé son intrigue dans une Europe revisitée : on y trouve des influences tantôt françaises, italiennes, germaniques, celtiques ou autres. Mais elle « dépasse » ces influences, pour seulement en garder la saveur et ajouter par-dessus sa touche, avec ses coutumes et traditions, qui créent un très bon ensemble. Chose encore plus visible dans sa première trilogie, Kushiel, dont le premier tome reste à ce niveau-là le meilleur, selon moi. Pour revenir au second volume d’Imriel, ce fut une lecture très agréable, plus dynamique et dense que le premier tome, avec des rebondissements qui retiennent davantage l’attention ! 
Quel est ton dernier coup de cœur littéraire ? 
Une question difficile, j’ai eu plusieurs coups de cœur ces derniers temps. Un livre que j’ai terminé très récemment serait le premier tome des Salauds Gentilshommes, de Scott Lynch : très rafraîchissant, avec un rythme soutenu et des personnages haut-en-couleurs, dans une ville intéressante et bien décrite – qui rappelle un mélange de cités italiennes, avec une pègre puissante composée de groupes plus ou moins importants de détrousseurs et dirigée par une famille « parraine ». On suit une bande de voleurs gentlemans, ayant une verve affirmée et un goût pour la mise en scène très agréable. Ils sont propulsés contre leur gré dans une cascade d’évènements qui risquent bien de les noyer. L’auteur a insufflé une bonne dose de vie, de dynamisme et de suspense à son roman. Ce serait la dernière lecture qui m’a beaucoup plu, et je vous la conseille vivement, vous ne serez pas déçus !
Merci beaucoup pour ces réponses et pour ta confiance, Marine !

2 commentaires:

  1. Merci beaucoup pour cet article encore une fois, avec un avis qui me fait très plaisir et des questions qui étaient passionnantes ! Ton bel article est très clair, très bien mis en page et organisé, vraiment bravo :) ! Et, bien sûr, merci encore mille fois pour ces corrections fabuleuses !

    RépondreSupprimer
  2. Cet article est complet et extrêmement bien rédigé ! Je souhaite à cette auteure de réussir ! Car j'aimerais beaucoup pouvoir découvrir ce chef d'oeuvre que Mina vante ainsi ! :)

    RépondreSupprimer