Le classique du mois - Delphine, Germaine de Staël

Initialement, je n’avais prévu de parler que de mes lectures d’auteurs contemporains sur ce blog afin de ne pas le surcharger, mais ma passion a été plus forte que mes bonnes résolutions et est née cette nouvelle rubrique, Le classique du mois. Comme son nom l’indique, celle-ci n’apparaîtra qu’une fois par mois et présentera l’auteur ou l’œuvre classique qui m’aura particulièrement marquée. Ce ne sera jamais un coup de gueule, mais toujours un coup de cœur ou au moins une lecture fort appréciée. 

Ce mois-ci, j'ai hésité entre deux romans épistolaires :  Delphine de Mme de Staël et La Nouvelle Héloïse de Rousseau, que j'ai fortement appréciés, sans aller toutefois jusqu'au coup de cœur. Finalement, n'ayant pas encore terminé ma lecture du second, c'est du premier que je vous parlerai. 
Note : Pour ceux qui souhaitent lire mon avis sur La Nouvelle Héloïse, il est sur Goodreads et Babelio.



Le classique de novembre 2011
Delphine de Mme de Staël

Présentation de l’édition de Béatrice Didier (GF, en deux tomes) :

Dans le monde aristocratique que la Révolution s’apprête à balayer, un principe de conduite l’emporte sur tous les autres : le respect des convenances. Pour avoir voulu sauver l’honneur d’une de ses amies, Delphine commet une imprudence qui la perd de réputation auprès de Léonce, l’homme qu’elle aime et dont elle est aimée. Sous le prétexte d’intercéder en sa faveur, sa tante, Sophie de Vernon, achève de compromettre Delphine, et convainc Léonce d’épouser sa propre fille…
Roman épistolaire, publié en 1802, Delphine dépeint tous les mouvements de l’âme amoureuse et préfigure le ton et la manière des Romantiques.

 



« Delphine…, tout le monde l’a lu ou veut le lire. » Benjamin CONSTANT





Mon avis :

D’un point de vue analytique, ce roman est absolument passionnant : publié en 1802, il se trouve tout juste entre les valeurs de l’Ancien Régime mourant et celles du Romantisme naissant en France (pour en savoir plus, je vous conseille la lecture de la préface de Béatrice Didier, extrêmement intéressante et instructive). On ressent à la fois l’influence de certaines lectures de Mme de Staël, comme celle des romans libertins ou du Marquis de Sade (l’attitude de Delphine rappelle en tout cas grandement celle de Justine : aucune de ces deux héroïnes n’apprend de ses malheurs), et du Romantisme allemand : l’attitude des deux amants, par exemple, victimes de la société attachée aux convenances et de leur idéalisme, romantique et libertaire pour Delphine, attaché à l’honneur chevaleresque d’un autre temps pour Léonce. La forme même témoigne de cette transition qui s’effectue : le roman épistolaire s’effiloche au fur et à mesure de l’intrigue pour terminer en journal intime, puis en compte-rendu. La sociabilité des Lumières s’avère de plus en plus impossible et le Mal du siècle, qui isole et désespère, commence à poindre. Enfin, les thèmes abordés sont également symptomatiques de cette époque : Mme de Staël brosse une série de portraits de femmes et d’éducations, ainsi que de rapports à la religion. De toutes ces composantes, elle tire des conclusions pour le sort de ses personnages, esquissant parallèles et vies de femmes avec virtuosité.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce roman, mais je préfère vous inviter à le découvrir vous-même et à en faire votre propre analyse. Mon unique regret, personnellement, tient dans la conclusion : rapide et presque invraisemblable pour cette raison, elle m’a déçue. Mme de Staël était parvenue à tisser lentement une toile grandiose et témoin de l’époque troublée qu’elle a vécue, ce qui me rend un tel empressement à terminer suspect : comme une note discordante pour terminer ce chœur de voix qui m’avait captivée jusque-là.


Le début de la première lettre (de Madame d’Albémar à Mathilde de Vernon) :
Bellerive, ce 12 avril 1790
Je serai trop heureuse, ma chère cousine, si je puis contribuer à votre mariage avec monsieur de Mondoville ; les liens du sang qui nous unissent me donnent le droit de vous servir, et je le réclame avec instance ; si je mourais, vous succéderiez naturellement à la moitié de ma fortune : me serait-il refusé de disposer d’une portion de mes biens pendant une partie de ma vie, comme les lois en disposeraient après ma mort ? A vingt et un ans, convenez qu’il serait ridicule d’offrir mon héritage à vous qui en avez dix-huit ! Je vous parle donc des droits de succession, seulement pour vous faire sentir que vous ne pouvez considérer le don de la terre d’Andelys comme un service embarrassant à recevoir, et dont votre délicatesse doive s’alarmer.
[STAËL Mme de, Delphine, Paris, Flammarion, 2000, Présentation et notes par Béatrice Didier, t. 1, p. 61.]

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Cet article est également publié sur le blog Passion Bouquins.

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