Contes à faire rougir les petits chaperons, Jean-Pierre Enard

Présentation de l’éditeur :

Le narrateur de ces Contes à faire rougir les petits chaperons a une petite amie. Cette petite amie a une petite sœur, Alice, qui est une grande coquine. Elle rêve de faire avec l'auteur des choses qui ne sont pas de son âge, et lui, pour résister à la tentation, raconte des histoires ! Il lui dit tout haut ce que les auteurs classiques pour la jeunesse pensaient tout bas : Pinocchio n'a pas que le nez qui s'allonge, la mère Michel a perdu son chat, et quel chat !, la comtesse de Ségur aime les « petites filles Bordel », et les trois petits cochons sont trois petites cochonnes...


Mon avis :

Je me souviens de ma première lecture de ce livre et de mes attentes : mon attention avait été attirée par le titre assez provocant et par le bandeau rouge sur lequel figurait l'accroche suivante.
Pinocchio, est-ce vraiment son nez qui s'allonge ? Qu'en est-il réellement de la chatte de la mère Michel ? Et des trois petites cochonnes? ...
Pour des fêtes coquines, des contes réservés aux adultes*.
Je m'attendais donc à un recueil de contes revisités de façon coquine ou à une interprétation orientée vers une lecture sexuelle des histoires de notre enfance. Finalement, après un certain étonnement, c'est un roman pornographique, servant de récit-cadre à une série d'adaptations érotiques de contes, que j'ai lu.


Pour cette relecture, plus "avertie" et sachant à quoi m’attendre, je n'ai plus eu cette surprise initiale. Malgré tout, je ne me souvenais pas de tout et ai eu le plaisir de redécouvrir ce texte et ses différentes composantes, sans sentiment excessif de redite.

Tout d’abord, les contes : les reprises sont originales et ne se limitent pas, comme j’avais pu le croire, à une réinterprétation. Au contraire, Jean-Pierre Enard innove à partir d’éléments topiques connus ou surtout de personnages traditionnels, de manière plus ou moins réussie selon les récits. Si L’effet Pinocchio et Blanche-Neige tournante par exemple sont assez prévisibles, Les trois petites cochonnes et Recettes d’Ogresse ont un déroulement plus inattendu et drôle. Le seul conte qui m’a vraiment déplu est Une scène (tout à fait) primitive qui semblait plus artificiel et destiné à remplir les pages. La chute est réussie, mais le déroulement trop mécanique.

Ensuite, le récit-cadre : j’avais gardé un assez bon souvenir de celui-ci, mais il m’a moins plu cette fois, par son caractère répétitif, surtout à la fin. J’ai aussi trouvé plusieurs figures décrites dans le livre assez invraisemblables et, tout en cherchant à deviner comment elles étaient possibles et si je n’avais pas mal lu, je détournais mon attention du texte. Par contre, j’ai apprécié la diversité des métaphores employées par l’auteur : du vocabulaire floral à celui de la cuisine, plusieurs domaines sont revisités et réemployés.

Et enfin, la chute : je ne m’en souvenais plus, mais elle est particulièrement réussie selon moi. Un dernier conte, présent dès le début du roman, est convoqué, transformant l’ensemble du récit-cadre en un conte, dont le narrateur est l’un des personnages involontaire et inconscient de l’être jusque-là. Un tour d’adresse habile et réussi !


* Note : comme vous l'aurez compris, ces contes pour adultes ne sont clairement pas destinés aux blanches mains des petits chaperons et des innocentes princesses.

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