La décadence et autres délices, Véronique Beucler

Présentation de l’éditeur :

Que signifient ces mutations inavouables ? A partir de combien de cas parle-t-on d'épidémie nationale ? Comment réagir devant ce qui vous fleurit sur le nez, le ventre... ou ailleurs ? Le mieux est peut-être de se faire opérer, comme tout le monde, ni vu ni connu.
Mais quand le doigt est pris – ou le pied ou la langue –, la bête est installée. Qui la délogerait ? Lascive et toute puissante, elle se pourlèche, frétille et mène la danse, au cœur de cette cité florissante.
Délices de la décadence, de la dégringolade festive et insouciante !


Mon avis :

En demandant à recevoir ce livre, je m’attendais à lire un essai sur la période littéraire dite décadente et niait, avec une certaine mauvaise foi, la présentation de l’éditeur qui me laissait présager autre chose et m’intriguait. C’est donc avec une certaine déconvenue que j’ai abordé ce roman qui ne m’a pas plus emballée que cela au début. J’avais du mal à accrocher aux personnages qui ne me plaisaient guère et, surtout, cette histoire de maladie soudaine me faisait craindre une science-fiction dystopique comme on en a fait tant de films (une maladie se propage sur un territoire donné et, comme par miracle, quelques rares survivants subsistent et doivent résister à la contamination, etc.) De plus, le style d’écriture me semblait commun et peu attrayant au premier abord.

Bref, je prenais un assez mauvais départ avec ce livre lorsque j’ai finalement été happée par l’histoire, au fil des pages, sans m’en rendre compte. L’intrigue a pris un tour différent de celui que je craignais : la maladie ne semble ni contagieuse, ni mortelle, et chaque malade tente de cacher les déformations dont il souffre. La politique du gouvernement est celle du silence, afin d’éviter les mouvements de panique. Ce mutisme intrigue le personnage principal, journaliste touche-à-tout et curieux, mis dans la confidence par l’un de ses amis médecins. A côté de ce récit principal, se tisse une série d’autres, comme celui d’un réfugié qui accepte de se battre contre des chiens en échange de la promesse d’une régularisation.

Par cet entrelacement narratif, l’auteure suscite des questions bien plus profondes que je ne l’attendais de cette œuvre : celle du droit à l’information confrontée à la pudeur des victimes et à la sécurité du groupe social, celle du rôle des poètes et des rêveurs dans une société, celle de l’avenir de l’homme et de sa place dans son environnement, notamment. Ces interrogations sont survenues en moi pendant ma lecture, mais n’étaient pas posées directement, et aucune réponse dogmatique n’était apportée : c’est au lecteur à les apporter en fonction des thèmes qui l’ont touché plus particulièrement.

Malheureusement, mon intérêt est ensuite allé décroissant dans la seconde partie de l’ouvrage, radicalement différente au niveau de l’ambiance. Les questionnements divers fusaient toujours dans mon esprit, mais j’y étais moins sensible. Le ton fantaisiste et imaginatif, qui domine dans tout le livre, était encore plus fort, et je crois que mon esprit cartésien a atteint là ses limites et sa tolérance. Les enjeux de cette nouvelle société m’échappaient et ont fait que j’ai passé plus de temps à me perdre en hypothèses qu’à profiter de la fin de cet ouvrage.

Je le conseille aux amateurs de dystopies qui n’ont pas peur d’être bousculés dans leurs habitudes et aux amateurs d’œuvres d’imagination assez fantaisistes.  


Un extrait que j’ai trouvé intéressant :
- Comment penser l’impensable ? C’est la question que nous pose cette épidémie. Elle nous rend muets et aveugles, nous plonge dans la confusion totale parce que nous n’avons pas de mots pour approcher ce phénomène. Pour cela nous avons besoin d’images. J’en reviens toujours là. On ne voit bien que ce qu’on imagine richement.
- Dans d’autres circonstances peut-être. Mais aujourd’hui on a besoin d’une solution à cette épidémie et elle ne peut venir que des chercheurs, pas de ceux qui vivent dans les nuages, qui écrivent ou qui lisent.
[…] – Il faudra se résoudre…
- A quoi ? A ne plus penser ? ne plus échafauder d’histoires ? Il faudra fourmiller d’idées, au contraire, redoubler d’invention pour apprivoiser ce qui nous arrive. Avant ses scientifiques ou ses hommes politiques, une société a besoin de rêveurs. Et pas n’importe lesquels ! Il nous faut des poètes, des rhapsodes, ceux qui tissent et recousent le monde. La science ne parle qu’après.
[BEUCLER Véronique, La décadence et autres délices, Brest, éditions dialogues, 2011, pp. 118-119.]

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Cet article est également publié sur le blog Passion Bouquins.

1 commentaire:

  1. Je suis assez d'accord avec ce billet qui résume bien le livre et ses limites. Je n'ai pas vraiment accroché en ce qui me concerne. Rien que le style déjà... La syntaxe fort approximative

    Que veut dire dystopies ? Mon dico ne connait pas...

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