Combien de fois je t'aime, Serge Joncour

Présentation de l’éditeur :

Combien de fois aime-t-on dans une vie ? Dix-sept rencontres, dix-sept histoires pour dire, sur le fil de l’émotion, qu’on n’en finit jamais d’aimer.

Mon avis :

Ce livre est un recueil que j’aime beaucoup et que j’ai plaisir à reparcourir de temps en temps. Cette fois, je ne l’ai pas relu en entier, mais ai sélectionné mes nouvelles préférées et deux autres au hasard. Ce que j’y apprécie toujours, à chacune de mes lectures, ce sont les tons variés employés par l’auteur : chaque nouvelle possède son ambiance particulière, son style, qui peut aller du mélancolique au joyeux, en passant par le doux-amer, le drôle, le tendre, le doux ou le légèrement glauque. Les amours : conjugal, adultère, maternel, filial ou sexuel, y sont passées en revue ; même si tous les textes ne se valent pas, l’auteur a au moins le mérite de la diversification.

S’aimer jusqu’à se voir

En ouvrant mon livre au hasard, plus ou moins au milieu, je suis tombée au début de cette nouvelle-ci. Je l’ai davantage appréciée de cette manière, lue de manière isolée, plutôt que « coincée » entre deux autres comme lors de mes lectures précédentes. Libérée du poids de ses voisines, elle a pu exhaler tout son arôme doux-amer : derrière la douceur des mots, la délicatesse de certaines tournures et la tendresse du chocolat partagé, apparaissent nettement, et malheureusement, la trivialité de la réalité, la désillusion du réel après les lumières de l’imagination et, surtout, les failles derrière les apparences de force.

Une rencontre ratée au parfum de café.

Ce soir je rentre

Cette nouvelle-ci fut choisie, non plus par le hasard, mais par moi-même en parcourant le volume, à la recherche de mes préférées. J’y apprécie moins le style assez parlé du narrateur, mais aime par contre l’ambiance qui l’imprègne. Dans ce couple, règne l’indifférence, « forme très aboutie de la décontraction » (p. 126), un quotidien blasé, deux vies solitaires et parallèles qui ne parviennent plus à se retrouver, mais qui le feront finalement de manière inattendue (et furtive ?) à la fin du récit.

Après la rencontre ratée, des retrouvailles pendant lesquelles résonnaient à mes oreilles la mélodie de la pluie sur La Bastille.

Dix mois après ce 10 mai-là, 81

Cette nouvelle est l’une de mes deux préférées, celle qui m’émeut le plus. Sans dramatisation excessive et avec une grande tendresse (à moins que ce ne soit moi qui les voies avec un tel regard), Joncour aborde la détresse d’un jeune couple dans la misère, victimes de leur insouciance. La naïve espérance du narrateur, plus feinte pour rassurer sa compagne malade que vraiment éprouvée, cet espoir des lendemains qui chantent, me touche au plus profond de moi.

Le plus bel amour que j’aie croisé au fil de ces pages.

La passagère du siège en face

Pour finir sur une note positive et un peu plus joyeuse, j’ai choisi de terminer ma petite escapade de lecture – entre deux livres pour mes cours –, par cette nouvelle-ci : j’ai beau la relire pour la énième fois, je suis toujours autant sous le charme. Peut-être que ma condition de navetteuse et mon âme de romantique n’y sont pas étrangers. Quoiqu’il en soit, elle n’en est pas moins brillamment menée : bien plus que des regards échangés dans un train, s’y déploient la maladresse et la délicatesse d’un homme qui cherche à séduire une femme a priori plutôt méfiante. Le final, que je trouve absolument adorable, est juste parfait, avec la formule adéquate, bien placée.

Une rencontre ferroviaire comme on en rêve.


Je vous laisse à présent découvrir ces quatre nouvelles par vous-mêmes, ainsi que les autres de ce recueil. Bonne lecture, en vous la souhaitant aussi agréable qu’à moi.


Le début de Dix mois après ce 10 mai-là, 81 :
On est deux. On a tout. Même pas vingt ans. Ce soir dans la petite chambre, comme il n’y a ni musique ni télé, que l’électricité a été coupée, on n’entend même plus le bruit du frigo. […] L’amour dans le fond est la seule partition qu’il nous reste à jouer. On en est là, agrippé à notre radeau de neuf mètres carrés, le lit à même le sol, les vêtements par terre. Je te caresse la tempe, je ne peux rien faire contre ta fièvre, je peux juste trouver un fond de monnaie pour acheter des légumes, te faire une soupe, comme le ferait un parent.
[JONCOUR Serge, Combien de fois je t’aime, Paris, éd. J’ai lu, 2009, p. 143.]

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