La joueuse de go, Shan Sa

Présentation de l’éditeur :

Depuis 1931, le dernier empereur de Chine règne sans pouvoir sur la Mandchourie occupée par l'armée japonaise. Alors que l'aristocratie tente d'oublier dans de vaines distractions la guerre et ses cruautés, une lycéenne de seize ans joue au go. Place des Mille Vents, ses mains infaillibles manipulent les pions. Mélancolique mais fiévreuse, elle rêve d'un autre destin. « Le bonheur est un combat d'encerclement. » Sur le damier, elle bat tous ses prétendants.
Mais la joueuse ignore encore son adversaire de demain : un officier japonais dur comme le métal, à peine plus âgé qu'elle, dévoué à l'utopie impérialiste. Ils s'affrontent, ils s'aiment, sans un geste, jusqu'au bout, tandis que la Chine vacille sous les coups de l'envahisseur qui tue, pille, torture.


Mon avis :

En lisant ce roman, comme d’autres, j’ai tout d’abord trouvé le style détestable : les phrases sont souvent courtes, à l’indicatif présent, sans subordonnées ou presque, essentiellement descriptives des actions ; bref, beaucoup trop simplistes et monotones à mon goût. Assez loin dans ma lecture, le passage suivant m’a fait penser à la brièveté et à la simplicité des haïkus :
Les cigales poussent des cris stridents. L’odeur des feuilles brûlées par le soleil se confond avec le parfum de mes cheveux. Dans une jarre qui sert d’aquarium, une carpe pirouette. [p. 141.]
Selon moi, l’auteure a voulu imiter ce style poétique dans son roman et l’imprégner de cette manière de l’ambiance des pays où il se déroule : le Japon et la Chine. Malheureusement, cela ne prend pas, et un roman n’est pas un poème : dans un texte court, cela peut créer une esthétique particulière, mais dans une œuvre plus longue, cela devient rapidement lourd. C’est du moins mon sentiment.

Je m’y suis finalement habituée et, en faisant abstraction de l’écriture peu plaisante, me suis davantage intéressée à l’intrigue qu’on pourrait résumer comme un  « Roméo et Juliette sino-japonais » : la jeune joueuse de go est mandchoue (d’un territoire chinois sous le contrôle des japonais) et son adversaire un espion japonais. Tous deux m’ont semblé assez agaçants au début de l’histoire par leur prétention, mais au fur et à mesure des pages et des parties, leurs certitudes sont ébranlées par la guerre et ses horreurs, l’amour et la trahison, notamment. La parole est donnée à ces deux protagonistes principaux successivement dans un chapitre sur deux, ce qui permet de connaître leurs points de vue respectifs sur une même scène. L’auteure a plutôt bien exploité ce procédé narratif d’après moi, et j’ai apprécié découvrir les sentiments de ces deux amants, ainsi que ce qu’ils croyaient ou imaginaient de l’autre (qui ne s’avérait pas toujours juste).

Une belle histoire tragique, mais au style peu satisfaisant.


Deux extraits qui m’ont plu :
« Mon frère, après ma première bataille, je n’idolâtre plus que le soleil. Cet astre représente la constance de la mort. Méfie-toi de la lune, miroir de ce monde de beauté. Elle croit, décroît, traîtresse et éphémère.
[SA Shan, La joueuse de go, Paris, éd. Gallimard, 2002, coll. Folio, p. 53.]
Un malaise m’envahit. Sous un prétexte quelconque, je prends congé d’elle. Dans la rue, je me mets à courir. J’ai besoin de respirer la vie, les arbres, la chaleur de ma ville. Je saurai maîtriser mon destin et me rendre heureuse. Le bonheur est un combat d’encerclement, un jeu de go. Je tuerai la douleur en l’étreignant.
[p. 135.]


Note : la critique, plus élogieuse que la mienne, qui m’avait donné envie de lire ce roman est publiée sur le blog Passion Bouquins

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