Comptines assassines, Pierre Dubois

Présentation de l’éditeur :

« Il était une fois un assassin. Il était une fois une victime. Il était une fois une ville apparemment encline à favoriser leur rencontre. »

Que se passerait-il si le cruel Croquemitaine ressuscitait? Et Dracula? Et Barbe Bleue? Pire encore, imaginons le Chat botté, non plus au service du marquis de Carabas, mais comme un impitoyable serial killer, obsédé par l’infirmité. Et si Blanche-Neige, «lèvres rouges comme la rose, cheveux noirs comme l’ébène, et blanche comme neige », n’était pas l’innocente que nous présentent les frères Grimm?

Après Les contes de crimes, Pierre Dubois détourne à nouveau les contes de fées. Il nous en offre une version tour à tour drôle et terrifiante, nourrie d’un vocabulaire ensorcelant où l’extrême noirceur se combine au raffinement.


Mon avis :

Un chat botté serial killer, Sherlock Holmes hanté par le croquemitaine de son enfance, une Dame Blanche qui sert de prétexte à un meurtre, des princesses ou personnages de contes de fées pas si innocents qu’on ne le croit, un Barbe-bleue moderne, etc. Cela ne fait aucun doute, Pierre Dubois ne manque pas d’imagination, ni d’inventivité dans ce recueil de « comptines assassines ». Il y revisite les contes de notre enfance de manière inédite, dans une ambiance de meurtre, tantôt drôle, tantôt plus noire et cynique. Les comptines y ont une grande place et sont souvent citées, chantées par un personnage ou en guise d’illustration/anticipation du propos, créant ainsi une atmosphère d’enfance et d’assassinats.

Malheureusement, si les bonnes idées ne manquent pas, l’ensemble est assez inégal au niveau qualitatif : certaines nouvelles sont très bonnes, d’autres plutôt, voire très, mauvaises. Je commencerai par celles qui m’ont déplu. Les deux premières, Le Chat botté et Croquemitaine, se déroulent dans un cadre contemporain et reprennent les deux contes contenus dans le titre de manière symbolique, c’est-à-dire que ce ne sont pas réellement les personnages originaux qui interviennent, mais d’autres qui s’identifient à eux d’une manière ou d’une autre. C’est principalement cet aspect qui m’a d’abord déçue dans cette adaptation de contes plus libre que je ne l’imaginais avant de commencer ma lecture.

Ensuite, j’ai eu beaucoup de mal à apprécier le style de l’auteur : celui-ci se laisse souvent aller à de (un peu trop) longues descriptions, à des répétitions inutiles et désagréables à mon goût et à une imitation pas toujours réussie du style des contes d’antan. Enfin, la fin, censée surprendre, ne le fait pas tant que cela et m’a laissée sur ma déception.

Après ces deux nouvelles, les suivantes m’ont davantage plu, notamment Les Musiciens de la ville de Brême et Barbe-Bleue. La première plonge le lecteur, ainsi que l’insignifiant personnage principal, hors de la réalité, dans l’univers des contes de Perrault et des frères Grimm, dans un pays merveilleux d’où ont été chassés les méchants loups, sorcières et autres ogres. Ce qu’on n’apprend qu’à la fin, c’est qu’un tel paradis a son prix… Plus habituée au style de l’auteur, je me suis laissé prendre au jeu de cette nouvelle et surprendre lors du final de la fête menée par les petits musiciens de la ville de Brême.

Dans la seconde, mon coup de cœur, on en revient à notre monde contemporain où un aristocrate désœuvré et oisif joue à effrayer les jeunes filles et à se prendre pour Barbe-Bleue. L’auteur a très bien mené son intrigue, m’étonnant à chaque retournement de situation et constituant une ambiance angoissante, digne du conte dont il s’est inspiré.


Le début de Barbe-Bleue :
Il était une fois un assassin. Il était une fois une victime. Il était une fois une ville apparemment encline à favoriser leur rencontre. Il y a ainsi de ces villes bénies des anges noirs dont l’atmosphère, l’architecture, l’influence géographique et tellurique du lieu où elles sont enracinées distillent une alchimie particulière qui attire le crime et le mystère aussi insidieusement que, de fog en fog, Londres suscita et formula le mythique Jack l’éventreur.

On connaît le golem de Prague, le Boucher de Hanovre, les sordides Burke et Hare d’Édimbourg, l’étrangleur de Boston, le Dépeceur de Mons. Gand avait son Halewyn.
[DUBOIS Pierre, Comptines assassines, Paris, éd. Gallimard, 2011, coll. Folio, pp. 213-214.]

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Cet article est également publié sur le blog Passion Bouquins.

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